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L’amour rend aveugle

« L’amour rend aveugle ». C’est une phrase que chaque personne a déjà entendue au moins une fois dans sa vie, mais qui, pour la plupart d’entre elles, ne prend pas de sens. 

A mes 18 ans, l’une des plus belles années de notre jeunesse, je suis tombée amoureuse d’un garçon. Les premiers mois de notre histoire étaient magiques. Puis un jour, tout s’écroule. Tout ce qui avait été construit pendant six longs mois n’est plus que poussière. Il dit être en « dépression », il me quitte pour, selon lui, ne pas me faire souffrir, car il souhaite que « mon bonheur ». Cela ne l’empêche pas de continuer de me « garder sous son aile » car il sait que je suis jeune, naïve et que malgré tout j’étais toujours aussi amoureuse.

Au printemps 2018, presqu’un an après notre rencontre, il dit « se sentir mieux ». Il souhaite que notre histoire reprenne là où nous nous sommes arrêtés quelques mois auparavant.

Je ne souhaitais pas reprendre notre histoire là où elle s’est arrêtée. Ce que je voulais c’était repartir sur « de bonnes bases », sans rien lui cacher. Je savais implicitement qu’il m’avait trompé pendant notre relation, je voulais qu’il me le dise pour effacer tout cela de ma mémoire et pour que l’on puisse avancer, tous les deux, ensemble, et construire notre « Empire » comme on le disait si souvent.

De mon coté, pendant notre rupture, j’ai eu d’autres relations. Je souhaitais qu’il le sache pour, non pas soulager ma conscience, mais plutôt car un jour où l’autre il l’aurait su et j’avais si peur que cela entache notre histoire sur le point de revivre. Mes parents m’ont appris l’humilité durant mon enfance, et l’honnêté. Ce sont des valeurs que je ne peux en aucune circonstance mettre de coté.

J’aurais dû m’abstenir.

Tout est alors allé très vite, ces révélations entrainent une dispute, j’essaie d’arranger les choses, je fonce chez lui aussi vite que j’ai pu. Il avoue m’avoir trompé mais cela lui importe peu car à ses yeux je ne suis qu’une « salope ».

En tant que femme, célibataire, au 21ème siècle, avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes, est-ce considéré comme un crime ? Pour un misogyne et pervers narcissique la réponse est oui.

Cela mérite-t-il d’être sanctionné par un réel crime ? Non, mais c’est ce qui est arrivé. Il m’a violé, violé pour « se venger » du sujet qui nous a emmené à nous disputer.

Il avait prémédité son crime, il me l’a dit de vive voix « Si tu n’étais pas venue chez moi pour essayer d’arranger les choses c’est moi qui serais venu et je t’aurais violé ». Il a réussi à me faire culpabiliser, à me faire voir la situation comme si tout était de ma faute, que je l’avais mérité alors que c’est lui et seulement lui le responsable. Il m’a fallu trois jours pour le dire à mes parents, trois long jours de déni, puis je me retrouve assise en face d’une policière pendant deux heures afin de lui raconter chaque moindre détail de ce qu’il m’a fait. Je l’ai bloqué de partout, j’ai coupé tout contact avec les personnes qui le connaissait, même de loin. Je n’ai rien envie de savoir de ce qu’il est devenu. 

Depuis ce jour, je vais une fois par semaine chez mon psychiatre, chez mon sophrologue et j’ai également fait des séances d’EMDR, une thérapie se pratiquant avant des mouvements des yeux.
Je suis mieux qu’il y a un an. Surement mieux qu’hier également, mais c’est toujours là. Rien ne pourra effacer ces images de ma mémoire.

J’ai pourtant refait ma vie, j’ai déménagé et j’ai rencontré un homme formidable.

Une enquête est en cours, selon mon avocat. Je n’ai été contacté que deux fois par les enquêteurs depuis. Une fois pour me prévenir que j’allais être convoqué pour une expertise psychologique, et une seconde fois pour avoir les coordonnées des personnes citées dans mon procès verbal. Les vêtements que je portais n’ont jamais été récupéré par la police.

Un viol c’est une mort psychique et une dispute ne mérite pas de se terminer par un tel crime. Pourtant, la société d’aujourd’hui fait qu’il faut avancer, il faut « passer à autre chose » nous diraient-ils. Il faut avancer pour continuer la construction de notre vie, finir ses études, débuter sa carrière, se marier, avoir des enfants … En faite, ce serait tellement plus simple.

Mais ces phrases ne font que nous faire nous sentir plus seuls, incompris. On a besoin de soutien, on a pas envie d’une certaine manière d’oublier car ce serait lui rendre service à lui au final. On veut qu’il paie, qu’il souffre à son tour.

Cela fut ma réaction pendant presqu’un an. Mais cela m’a plus fait reculer qu’avancer.

Il ne faut pas « passer à autre chose ». Il faut apprendre à vivre avec.

Après un viol, on se reconstruit un peu plus chaque jour. On essaie de se lever le matin en souriant, de ne pas y penser et de vivre, oui, de vivre. On est plus la même personne, mais il faut en tirer profit.
 
Aujourd’hui, 2020 approche à grand pas.

Il n’est pas en prison. Aucune confrontation n’a eu lieu. Je ne perds cependant pas espoir. La justice française est d’une lenteur extrême en ce qui concerne le viol. Pour la société française c’est un mot qui fait fuir, qui fait peur, qui arrive « dans la rue, tard le soir ». Et bien non.

A toutes les personnes qui ont été violées, ne perdaient pas espoir s’il vous plait. Allez porter plainte, ne vivez pas avec ça toute votre vie. Evacuez tout ce que vous ressentez, cela ne fera de vous qu’une personne plus belle, plus forte. N’ayez pas peur des autres, des jugements, vous n’êtes pas coupables. Vous êtes victimes.

Pensez à votre futur et posez vous la question « est-ce-que, quand j’aurais des enfants, je souhaite pleurer seul(e) tous les soirs sans même savoir pourquoi ? ». Cela fait parti des réactions suite à un tel trauma, c’est le stress post-traumatique. Je pense que la réponse est non.
Porter plainte vous permettra de réaliser que certes cela c’est passé, mais aujourd’hui vous allez être aidés. Vous n’êtes pas seul(e). Il faut parler pour avancer, traiter cet atroce traumatisme dès le début pour l’éradiquer au plus vite.

Le premier psychiatre que j’ai vu m’a dit la phrase suivante «  Vous avez été violée. Grossièrement, c’est comme si vous avez eu un accident de voiture. Vous êtes entre la vie et la mort. Le chirurgien doit vous opérer au plus vite. Vous n’avez pas le choix, vous êtes inconsciente. Alors vous vous laissez opérer pour aller mieux et guérir de vos blessures ».

Un jour justice sera faite d’une manière ou d’une autre. Mais surtout une chose, ne vivez pas pour la vengeance, cela vous détruira encore plus. Vivez pour vous et seulement pour vous. Vous le méritez.

« L’espoir fait vivre ». C’est une phrase que chaque personne a déjà entendue au moins une fois dans sa vie, mais qui, pour les personnes victimes d’un tel crime n’a plus aucun sens. Mais croyez-moi elle en a. Ne perdez pas espoir de vivre la vie que vous souhaitiez. Votre chemin a rencontré une embuche mais vous allez reprendre la route bien plus vite que vous ne le pensez.

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psionic
8 mois plus tôt

Chère anonyme, je vous remercie tout d’abord au nom de notre petit groupe de bénévoles pour votre témoignage courageux et porteur d’espoir. C’est important car beaucoup de victimes qui arrivent ici sont totalement désespérées. Nous essayons de leur en redonner en leur indiquant des liens utiles, des conseils et en les soutenant.
Les problèmes de la justice sont plus larges que la seule question des enquêtes pour viol ou agressions sexuelles. Mais ces dernières pâtissent justement bien plus de ces faillites institutionnelles dues à de nombreuses causes que je n’évoquerai pas ici. J’ajoute juste qu’il faut espérer que ces défauts institutionnels seront corrigés pour les plus grands suite au grenelle des violences contre les femmes. C’est pour cette raison que les organisations qui se sont mobilisées pour aboutir à ces négociations doivent continuer à se mobiliser.
Je vais juste ajouter quelques remarques car vous évoquez des questions qui me tiennent à coeur et qui sont le symptôme de tendances régressives très préoccupantes. De manière très juste vous évoquez qu’une jeune femme en devenir ne peut pas prendre de liberté lorsque votre relation terminée. On vous qualifie d’un terme avilissant mais qui traduit bien l’état d’esprit des porcs violeurs de notre époque, biberonnés au porno: c’est le retour des pires archaïsmes que l’on croyait à tort disparus. C’est ce que j’appelle le blédardisme indigène. Celui qui emprunte les pires aspects du bled là-bas, et les pires d’ici, une tendance très forte qui se déploie dans l’augmentation inouïe de l’intolérance de notre temps depuis une vingtaine d’année (voir plus encore pour ceux qui ont connu ces années).
C’est du racisme sous sa forme la plus brute et la mieux partagée: la misogynie. Vous le trouverez au bled, là-bas et ici dans les démocraties avancées, pour combien de temps encore, c’est une bonne question même globalement les choses s’améliorent lentement. Ce racisme contre les femmes qui régénère ces archaïsme est le fruit de ce que je qualifie de forces sombres qui ne doivent rien au hasard. Mais il ne faut pas nous tromper, encore moins nous aveugler sur ce qu’il se passe en Europe.
Vous avez subi un viol pour un motif très spécifique, la punition pour votre comportement jugé inapproprié. L’auteur vous a ôté tout libre-arbitre, donc toute humanité, il vous a détruite, car c’est bien cela dont il s’agit: le violeur veut votre mort, il profane votre intégrité physique afin de vous avilir au plus profond de votre âme, cela entraîne la douleur psychique liée au psychotraumatisme. Il vous anéantit car il veut détruire votre vie. Les écorcheurs des pays qui violent les femmes dans les conflits les plus abominables ne font pas autrement, leur motivation est la même mais à une plus grande échelle: détruire les femmes d’un pays ou d’une région entière. Je ne suis pas d’accord avec l’analogie de votre psychiatre, ce n’est pas un accident, vous l’écrivez, il y avait une intention de vous détruire, c’était réfléchi, tout comme les abominations des écorcheurs que l’on envoie pour détruire les femmes de contrées entières. De mon point de vue ce que vous avez subi est beaucoup plus grave car philosophiquement cela s’appelle de la barbarie, c’est une inhumanité impardonnable et il est révoltant d’apprendre que cette ordure court toujours. C’est le problème de l’amalgame de la comparaison entre les accidents de la route et le terrorisme: la fausse comparaison qui évacue la responsabilité philosophique de l’auteur. Il y a toujours une intention dans le viol et ce n’est JAMAIS un accident. Faire cette comparaison c’est soutenir les violeurs ou les terroristes en les dédouanant de toute responsabilité. C’est une approche que je réfute toujours avec la plus grande vigueur car elle est inéthique et fait toujours le jeu des agresseurs.
Vous n’êtes peut-être pas la seule victime de ce violeur. Je vous conseille de contacter l’association PARLER afin de vérifier s’il n’y aurait pas d’autres victimes, ce qui augmenterait considérablement vos chances d’obtenir justice. En outre, PARLER vous permettra de compléter votre thérapie en rencontrant d’anciennes victimes de viol dans un cadre bienveillant et sécurisé:

https://www.associationparler.com/

Affection, courage et soutien.

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