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La bite au bois dormant

Il était une fois une histoire bien trop ordinaire dans la société patriarcale dans laquelle nous évoluons chaque jour. Celle où lorsque l’on est une minorité de genre, soit on ferme bien sa gueule et on a peur, soit nos vies basculent dans le « tout est politique » et chacune de nos actions est un combat qu’il faut mener et qu’il faut mesurer, là encore, à l’aune de la peur.
Alors on va pas faire semblant de planter un joli décor, même si franchement au début on aurait pu un peu y croire : une rencontre, des affinités, un mec qui – gloire à lui – est un peu déconstruit (même qu’il milite et porte à l’écran son combat pour les droits LGBT) et une confiance qui se gagne petit à petit lors de rendez-vous en tête-à-tête.

Et puis un jour, au cour d’une discussion, une petite bombe est lâchée, mais les effets ne sont pas immédiats tellement c’est bien amené.
Tellement on y croirait pas, que ça va nous péter à la gueule. Tellement le mec qui la place là, devant toi, il le fait habilement. Maintenant qu’il a peu gagné ta confiance, il te raconte ses traumas et te dit qu’il vit avec un truc lourd mais qu’il fait tout pour aller mieux, qu’il a une prise en charge d’ailleurs, que c’est vraiment dur pour lui. Et là ben toi, tu te dis bon y a clairement quelque chose qui ne va pas, mais s’il m’en parle, s’il est accompagné, c’est qu’il a le souci de bien faire, qu’il veut être une meilleure personne, et toi, à ce moment-là, t’y crois au principe d’humanité.
La bombe qu’il te lâche, elle a un nom. Lui, il dit que c’est une pathologie, toi, tu te dis que s’il t’en parle comme ça, t’as pas de quoi le remettre en question : c’est la sexomnie. Un trouble qui fait qu’il ne gère pas ses pulsions sexuelles pendant son sommeil, et qu’après il s’en souvient même pas au petit matin.

Toi, à ce moment-là, tu sais pas pourquoi, mais t’as pas un message d’alerte qui sonne dans ta tête, t’as même pas peur, tu le connais un peu et en plus s’il te raconte tout ça, c’est que c’est pas qu’un mec qui pendant son sommeil colonise le corps des femmes.
Vous vous revoyez quelquefois et ça se passe plutôt bien et puis vint ce jour du jeudi 8 avril, ou plutôt cette nuit, cette nuit où alors que tu avais réussi à trouver le sommeil péniblement, ton corps se réveille parce qu’en lui y a un sexe qui le laboure frénétiquement et qui, d’un coup, s’écroule de tout son poids à côté de toi.
Toi, à ce moment-là, tu captes pas tout, et puis tu commences à faire ce que tu sais bien faire : tu te tais. Tu te tais parce que ça te dégoûte, tu te tais parce que t’as honte, tu te tais parce que tu culpabilises parce qu’il te l’avait dit, en vrai.

Mais y a ce putain de dégoût qui s’est logé au creux de tes reins, et tu sais pas bien quoi en faire.
Et puis quelques jours après, il te renvoie un message, ni vu ni connu, pour prendre de tes nouvelles et là, tu sais pas bien quel sentiment prend le dessus, ou plus précisément, quels sentiments se mélangent ensemble pour constituer la grosse boule d’angoisse qui tapisse ta gorge et tout ton être. Alors là, à ce moment-là, t’en parles un peu autour de toi, parce que t’as besoin qu’on te le confirme que c’est pas normal, que c’est dégueulasse, que c’est injuste, que ça donne envie de le brûler et que toi, encore une fois, ça te donne envie de crever – tellement t’as l’impression que c’est de ta faute, tellement t’as l’habitude de composer avec la culpabilité d’exister.
Alors tu lui réponds que c’est pas possible qu’il reprenne contact avec toi comme ça, l’air de rien, après ce qu’il s’est passé. Et là, alors que tu croyais que le pire était passé, le mec commence à s’expliquer. S’ensuit un long récit où il te narre « le cauchemar » que c’est de t’avoir violée. Bien sûr, y a pas un moment où il prend la peine de s’imaginer ce que tu as pu ressentir, toi, en te réveillant par un tremblement interne, son haleine de violeur dans la face et l’image bien précise que tu prends avec tes yeux et que tu sais que tu vas garder longtemps dans ton crâne.

Mais à en croire ses messages, tu devrais l’écouter lui, le soutenir aussi. Il va même jusqu’à te demander des conseils pour ne plus violer les femmes pendant leur sommeil : « est-ce que je devrais arrêter de dormir avec des femmes ? », « est-ce que je devrais m’accrocher le poignet? ». Et puis là, il te sort du grand art : l’argument de « j’ai pas fait exprès » et en plus il le promet « sur la tête de sa mère. »
Franchement moi, à ce moment-là, j’ai envie de lui dire que s’il veut un conseil pour ne pas violer les femmes pendant leur sommeil à chaque fois – parce qu’il t’a quand même dit que t’étais la sixième – ben peut-être « dors avec ta mère », celle sur la tête de qui tu jures que tu fais pas exprès.
Mais oui, bien sûr que c’est de la merde cet argument mais en vrai, t’as vu les tiens, tu la vois ta crasse indécence à vouloir te faire consoler de l’avoir violée ?
Tu t’en rends comptes que la menacer à demi-mot de te suicider si elle te pardonne pas c’est comme lui cracher à la gueule après l’avoir violée. Parce qu’elle s’est confiée à toi, parce que tu le sais que, pour elle, le suicide c’est pas juste un mot à la volée, parce qu’elle te l’a confié qu’un des ses proches s’est suicidé. Parce que s’il y a déjà six femmes qui ont osé t’en parler (comme tu me l’as appris en ce jour), c’est peut-être qu’il faut que tu fasses quelque chose avec ta bite ; enfin moi en tout cas, je te conseille de pas la laisser traîner.

Bien sûr qu’on s’est posé la question de la diffamation, de savoir s’il fallait ou pas le citer, ton nom. Mais en vrai, je crois que ça s’est vite réglé dans ma tête, l’idée de cause à effet, l’idée que ton nom, pour moi, plus jamais ne doive être beau à prononcer. Bien sûr, parce que t’as ajouté une grosse merde à gérer dans la vie de mon amie pour qui le seul truc que tu aurais dû lui laisser, c’est, a minima, du respect. Alors peut-être que je fais une connerie, mais ton nom, je vais le citer, parce que te voir paraître sur des sites féministes en toute impunité, ça me donne envie de gerber et imaginer que tu puisses recommencer, ça me donne envie de te la couper.

Alors à toi, ****** *********, qui as décidé de revisiter le conte de la belle au bois dormant, je te conseille de ne pas dormir sur tes deux oreilles.

Et à vous lecteur.ices. j’ai une mission à vous donner, celle de faire passer le message. Perso, malgré tout ça, j’y crois encore, mais pas en la sienne, pas en celle qui nous enjoint à nous foutre en boule et à nous noyer dans notre culpabilité d’exister, mais plutôt dans celle qui insuffle respect et adelphité.

Finalement dans ta version du conte, la morale de Perrault reste inchangée :

« On ne trouve plus de femelle
Qui dormît si tranquillement. »

Voilà désormais la notre :

« La belle à poings fermés dormira,
car la foule armée veillera. »

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