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11 ans plus tard…. j’ose enfin en parler

Voilà, il est enfin temps d’en parler… De mettre des mots sur ce qu’il s’est passé.
Ce soir je lis le bouquin entre nos lèvres et les expériences des unes et des autres sur le viol me font prendre conscience que ce que j’ai vécu, je l’ai vécu comme les autres. Seulement, en 2010, personne n’en parlait. Le consentement ca n’existait pas. Et si on ne portait pas plaint, alors on était simplement rangée dans la case « salope ». Alors c’est la réputation que je me suis trimbalée pendant 5 ans.

C’était il y a 11 ans. Je venais tout juste d’intégrer une école de commerce et je découvrais enfin ce que c’était les soirées étudiantes. L’alcool, le pouvoir de séduction que je pouvais avoir. Je venais de rompre avec mon premier copain. C’était en week-end au ski et forcément les soirées étaient très alcoolisées. J’en avais surtout besoin pour me désinhiber car ma confiance en moi était proche de zéro. Il était tard, je vois ce mec, un beau brun. Finir sa soirée avec un mec comme ça, je n’aurais jamais pensé que ca puisse arriver. Il était « trop beau » pour moi. Je ne sais plus comment mais je me retrouve à danser avec lui. Et puis, il me propose de rentrer avec lui « pour discuter ». Sur le moment, j’en avais envie (de discuter). Je ne savais pas trop à quelle sauce j’allais être mangée. Le sexe c’était tabou. On n’en parlait pas entre copines. Les films pornos, je n’en avais jamais vu. La masturbation, n’en parlons pas. Les gamines de 18 ans aujourd’hui sont tellement plus libérées. Ou peut être que le milieu Versaillais catho conservateur dans lequel j’ai grandi n’avait pas aidé. A La maison, on n’en parlait pas. Pourtant je n’ai pas grandi dans une famille tradi. C’était juste de la pudeur. Je crois que j’étais très naïve. Je ne pensais pas qu’on pouvait coucher le premier soir et surtout sans sentiment, qu’on pouvait juste avoir une relation charnelle. Et c’est ce qu’il s’est passé. Je suis rentrée avec ce mec, il m’a fait boire « pour me détendre ». Je ne me souviens pas de grand chose. Juste quelques flashs …. Un où il m’a dit « je suis un mec bien, on va mettre une capote » ou « arrête de m’embrasser et baise ». Et puis ensuite, je me souviens de flash d’appareil photo et puis de 2 ou 3 autres mecs, soit disant « ses cousins »… Je ne sais pas qui c’était et ce qu’ils faisaient là car ils n’étaient pas de l’école. Mais là, mon cerveau s’est mis en off. J’ai dit « stop » à plusieurs reprises et ils ont fini par arrêter. Et je me souviens qu’ils ont pris une dernière photo en me foutant une main de Khamsa autour du cou. Autant dire que mon rapport à la religion juive n’a pas été très bon par la suite. Aujourd’hui, bien sûr, je fais la part des choses.

La suite, c’est très clair dans mon esprit, il me raccompagne comme un « gentleman » à ma chambre. Et le lendemain, je me réveille couverte de bleu.

Pendant ce séjour au ski, je partageais ma chambre avec 4 nanas. Je leur raconte l’histoire et certaines me disent « t’avais bien l’air contente d’y aller » « te fais pas passer pour une victime, les bleus c’est par ce que tu sais pas skier ». Deux autres me soutiennent mais ce ne durera pas longtemps. Je leur parle des flashs d’appareil photo et elles me disent qu’on va aller les voir.

Justement, je me rends compte que j’ai quand même oublié une écharpe dans leur chambre. Donc j’y retourne avec mes colocs qui acceptent de m’accompagner. Je ne sais pas comment, mais le chemin vers leur chambre, je le retrouve. On rentre et je leur demande aussi d’effacer les photos. Ils me disent que j’ai rêvé, qu’il n’y en a jamais eu. Ils me montrent l’appareil. Je ne vois rien mais en même temps, j’étais tétanisée et je voulais partir de là. Cette chambre, je me souviendrai toute ma vie de sa disposition. Cette table au milieu remplie de cadavre de bouteille, ce canapé en face et mon écharpe par terre. Et puis, ils nous proposent de rester prendre un verre pour qu’on « s’amuse tous ensembles »… Là, je pense que les filles ont compris à qui elles avaient à faire et on est vite parties.

Le soir même, le gars en question me rappelle. Il avait pris mon numéro quand on marchait jusqu’à sa chambre la veille. Je lui dit que je ne veux pas entendre parler de lui. Et puis je sors, je bois, surement pour oublier et surtout je me dis qu’il va falloir que j’efface cet événement de ma mémoire. J’ai 18 ans, j’ai eu une relation sérieuse et j’ai tout foutu en l’air avec N mecs en l’espace d’une heure.
Ce soir là, je tombe sur un autre mec, très sympa. Il m’offre un verre et me dit qu’il voudrait qu’on prenne un dernier verre dans sa chambre alors je le suis. Pourtant avec ce qu’il s’était passé la veille, j’aurais dû être plus prudente mais je ne voulais pas accepter ce qu’il s’était passé. Il m’amène dans sa chambre et là je me rend compte que sa chambre, c’est la même que celle où je me suis retrouvée la veille. Avant ça, au moment de partir avec lui deux nanas viennent me voir et me disent « fais gaffe, ce sont des connards et ils mettent des drogues dans le verre des filles ». Mais j’y ai pas cru, je me suis dit que c’était de la jalousie, je n’ai pas fait le « lien ». Combien de fois « tes copines » te disent à l’unanimité de sortir avec la robe la plus moche de ta garde robe car elles veulent juste êtres « les plus bonnes ». Bref, un scénario identique s’est répété. Une fois que je me suis rendue compte où j’étais… Blackout total. De toute la soirée. Je ne me souviens PLUS DE RIEN.

Le premier soir, c’est mon cerveau qui s’était mis en OFF, le deuxième soir, c’est surement la pilule qu’il a dissoute dans mon verre ou simplement les 3 verres d’alcool purs qu’il m’a fait boire. Alors, pendant des années, je me suis dit « c’est de ma faute, j’y suis retournée ». Quand on a 3 grammes, compliqué de démêler le consentement ou le non consentement. Je me suis dit qu’ils ne savaient surement pas le mal qu’ils m’avaient fait.

En rentrant de cette semaine, il y avait des bruits de couloir comme quoi « une nana avait tourné avec des mecs de troisième année ». Moi, je suivais le mouvement « ah ouais, mais on sait qui c’est ? ». Et puis le suspense n’a pas été très long. Des photos et vidéos ont circulé et là, ca a été le début de la fin. Le pire dans cette histoire, c’est que je l’ai su 3 ans plus tard. Personne n’a osé me le dire. Je recevais des messages de mecs sans cesse, je me faisais harceler dans les couloirs de l’école par les mecs de leur communauté et puis surtout j’ai perdu tout le monde. Et ça a été le plus douloureux. Ma meilleure amie ou mes potes de lycée, terminé : « tu portes pas plainte, alors t’es une pute ». Il a fallu un an avant que ma meilleure amie comprenne que ce n’était pas si simple. Et cette histoire s’est répandue comme une trainée de poudre dans le lycée où j’avais été.
En cours, j’étais devenue une paria. Les listes BDE ne voulaient pas de moi et je ne comprenais pas pourquoi. Je n’ai gardé que mes potes mecs qui me disaient « ya pas de mal à se faire plaisir » et puis pour le reste j’étais la pute de service de l’école qui m’a valu un magnifique titre de « miss ski »… Merci, mais je m’en serai bien passée. « Heureusement », c’était presque la fin de l’année et je ne le serai plus pour très longtemps. Le prochain week end d’intégration permettrait de couronner une autre « Miss ».
Le principal intéréssé (ou porc) a continué de m’envoyer des messages mais j’ai fini par lui dire que je porterai plainte si il ne me laissait pas tranquille. Et puis, je suis passée en deuxième année et il a disparu des couloirs de l’école.

Et puis, j’ai craqué et j’ai raconté cette histoire à ma mère à qui j’ai promis de ne rien dire à mon père. Cinq minutes plus tard, il me suppliait de donner les noms. Comment regarder ses parents droit dans les yeux après ? Et surtout, ils les auraient tué. Et mon père n’a pas à aller en prison par ce que je n’avais pas su me tenir. Et puis ils me demandaient de porter plainte. Mais j’avais tellement peur d’une confrontation et je me sentais tellement coupable (… ma mère m’avait pourtant dit de pas boire…) que j’ai fini par leur faire croire que j’étais consentante. Surtout, j’ai fini par croire que je l’étais pour éviter tout ça. Porter plainte, c’est déjà devoir prouver les faits. Or, tout le monde me répétait que c’était ma faute et que j’y étais retournée. Qu’est ce qu’ils auraient dit les flics ? Après tout, je ne me suis pas débattue et j’avais bu. J’étais bien repartie avec eux de manière consentante. Et puis ce genre d’histoire c’est médiatisé. Je ne voulais pas que ca me coûte une place dans cette école. Car on peut être une pute et être major de promo… Ca, c’est pas incompatible. Je ne voulais surtout pas que ca se sache. Alors avec le recul, j’aurais peut-être dû aller voir les flics car les photos et vidéos c’était suffisant. Sauf que je n’en connaissais pas l’existence à ce moment là.
Bref, décision de mes parents : Privée de sortie et obligation d’aller voir un psy. Je n’étais pas prête à en parler et puis l’idée de voir un psy ne me plaisait pas alors je me mettais ces 50 balles en poche, et je faisais autre chose. Avec mes parents, ca a fini par couler. Je ne sais pas bien ce qu’ils en pensent aujourd’hui… Peut-être que eux aussi pensent que je suis une trainée. En tout cas, on n’en a jamais reparlé et quand j’aborde de très loin le sujet, ils bottent en touche. Et puis il y a mes frères, eux non plus ne savent rien. Un jour peut-être, ils liront ces mots.

Toutes mes relations sont complètement fucked up. En 11 ans , j’ai eu une vraie histoire sérieuse. Je ne me fais pas confiance, je n’ai pas confiance en moi et aux autres. Je finis toujours par tout envoyer valser quand ca devient un peu sérieux ou que le mec s’accroche. Et mon grand truc, c’est m’accrocher aux connards, ceux qui sont « trop biens, trop beaux » pour moi.

Et puis je suis passée par plusieurs phases. « le sexe c’est dégeu, mon coprs est un objet et j’enchaine les relations pour effacer ce qu’il s’est passé », puis j’ai eu besoin d’en parler. Je suis surtout partie 7 ans à l’étranger, je me suis reconstruite, je me suis défaite de cette réputation.
Maintenant, je ne suis pas au max de l’épanouissement mais j’ai remonté la pente. Je sais dire « non ». Je ne me sens pas obligée de coucher ou de faire ce que je ne veux pas. Et surtout, je ne trouve plus ça « sale ». Bien au contraire. Mais à chaque fois que je rencontre un mec, je lui raconte souvent cette histoire. Comme une mise en garde pour « le valider ». Et même si toutes mes histoires sont éphémères, la plupart d’entre eux étaient bienveillants et c’est là que je me suis dit que coucher avec une nana complètement ivre et défoncée et surtout qu’on a voulu mettre dans cet état, c’était contourner son consentement et que JE n’étais pas responsable. Quant à mon droit à l’image, clairement il n’y a pas de débat.

Aujourd’hui on est en 2021 et ce sujet devient récurrent. Presque toutes les nanas ont vécu un traumatisme. Alors je ne suis pas la seule et je me sens soutenue par mes ami(e)s. Mais pas par mes parents, et ça, ça me ronge. Et le jour où mon frère m’a dit « fais toi violer et on en reparle » car j’avais dit qu’une nana en jupe très courte prenait des risques, ca m’a fait très mal mais je n’ai pas répondu.

Il y a 3 mois, je suis allée voir une psy car ca fait 11 ans que je culpabilise. Une séance a suffit pour mettre le mot « viol » sur cette histoire. Deux phrases : « le consentement , ca ne concerne pas tout l’acte. Vous pouvez en avoir envie à un instant « t » mais pas 5 minutes après. » et « un cerveau, lorsqu’il se sent en danger, se met en mode « off » et c’est pour ca que vous ne vous souvenez de rien. Les back out c’est un système de défense ».

« agression », « viol », ceux sont des mots qui font peur où on a l’impression que quelqu’un se débat, qu’il y a des coups, des hurlements. Mais non, en réalité, la majorité des histoires n’ont pas besoin d’être plus dramatiques qu’elles le sont. Car ces trois ou quatre « flashs », on les gardera en tête toute sa vie, et ca rend assez dingue. Et puis apprendre à s’aimer après ça, c’est compliqué. Le plus dur, c’est accepter d’être aimé.

Bref, ça fait 11 ans que je me tais. Je vais avoir 30 ans alors il est temps de prendre ma vie en main. Alors mon porc, je le balance. Il s’appelle ******** ********. Il y a des « conquêtes » dont je ne connais même pas le nom, mais le sien, je m’en souviendrais toute ma vie. Il a surement une femme et des gosses alors que moi je n’arrive pas à me construire. Qui est le plus con dans cette histoire ?
Et puis je balance tous les autres, ceux qui m’ont insultée, ceux qui disent qu’une nana qui se fait abuser « l’a bien mérité », je balance certains flics qui reçoivent les plaintes et remettent en question la parole des victimes, je balance ceux qui nous font porter le poids de la culpabilité, je balance ceux qui abusent de la naïveté bref je balance ceux qui m’ont fait croire pendant des années que c’était de ma faute.

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