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Viol enfants=>enfant : témoignage et réflexions sur la culture du viol

#moiaussi
En tant qu’homme, je ne fais pas et je ne ferai jamais l’expérience de la violence systémique dont les femmes sont victimes, c’est clair. Mais je m’associe à la libération de la parole qui est en cours et à la dénonciation de la culture du viol, du harcèlement sexuel, du sexisme sous toutes ses formes, bref du système patriarcal. A l’intérieur de ce système, je me sens moi-même assez mal à l’aise bien qu’étant du côté des dominants. J’ai été construit socialement à travers le genre et conditionné à jouer des rôles sociaux que j’ai intériorisés voire naturalisés. Mes tentatives pour déconstruire ces rôles restent, je le sais bien, insuffisantes. Mais je joins mes efforts à ceux d’autres femmes et hommes qui aspirent à s’émanciper du carcan des représentations et des pratiques sexistes. Enfin j’essaie…
Je voudrais à travers ce texte témoigner toute ma solidarité aux femmes qui osent prendre la parole pour dénoncer publiquement cette oppression et les violences qu’elles ont subies sous différentes formes.

Lorsque j’avais une douzaine d’années, j’ai moi-même été victime d’un viol. Des garçons m’ont forcé à faire une fellation à l’un d’eux en me tenant à plusieurs. C’était en colonie de vacances. Il n’y a pas eu de témoins, mais la rumeur a colporté l’information et tout le monde l’a su, enfants et adultes. J’ai eu honte. Je n’ai osé parler à personne de cet événement et personne n’est venu m’en parler. Et puis j’ai même oublié/refoulé ce souvenir désagréable et honteux. La honte, la culpabilité, le rejet de moi-même ont continué à grandir en moi jusqu’à ce que je m’autorise à me souvenir et à en parler pour inscrire cet événement, comme c’est légitime, dans mon histoire personnelle. Il aura fallu une quinzaine d’années, durant lesquelles j’ai vécu avec ce secret de ma conscience.
Finalement, je n’ai pas de certitude sur ce que cette expérience dit de la société dans laquelle j’ai grandi. Quel est le sens de cette violence sexuelle ? Je continue à y réfléchir. Quelques réflexions…
J’ai été un garçon frêle, plutôt introverti et manquant beaucoup de confiance en soi. Bref un garçon assez peu masculin, sans pour autant être efféminé. Juste je n’arrivais pas trop à être un garçon car je n’arrivais pas trop à être moi, à m’affirmer dans une identité, à trouver ma place. Je ne me sentais légitime en rien. Je poussais comme une herbe folle. Enfant et ado j’ai connu occasionnellement des brimades. J’ai été un peu ou parfois ce qu’on appelle « une victime ». Victime est le contraire de viril.
Ce manque de virilité a dû être difficile à supporter pour certains garçons à qui l’on avait inculqué des valeurs qui érigent l’homme en être brutal et/ou puissant, imbu de sa force. Pourquoi ne me conformais-je pas à cette injonction à la virilité qui avait cours chez eux, dans la rue, à la télévision, dans les jeux vidéos, les bandes dessinées, les magasins de jouets, l’école, le monde professionnel et finalement toutes les sphères de la société ? Je les comprends et ne leur en veux pas d’avoir exercé ce qu’ils considéraient comme les actes par lesquels ils affirmaient de façon performative leur identité masculine, conformément aux injonctions sociales. Peut-être aurais-je agi de la même façon si ma construction avait été différente. En fait, ils ne faisaient que mettre au pas une différence qui les perturbait parce qu’elle perturbait la société. On leur avait appris à ne pas tolérer cette différence. L’image qui me vient est celle des enfants-soldats. La comparaison est outrée, mais je pense que le conditionnement de ces enfants mercenaires répond à la logique des adultes, de même que le conditionnement à la virilité fait l’affaire des adultes. Ces enfants (ceux qui m’ont violé) ont été manipulés. On leur a fait croire qu’agir selon ces instincts brutaux rendait service à la communauté. Ils se sont donc conformés aux mandats d’une société. Bien évidemment, toutes les composantes de cette société n’encouragent pas le viol comme outil de rééducation du comportement de genre, cependant ces valeurs sont largement partagées sinon majoritaires. En fin de compte, c’est cette société qui m’a violé, qui m’a fait comprendre que je devais mieux me comporter, agir comme les autres garçons, peut-être même reproduire sur d’autres cette violence ré-éducative.
Les valeurs patriarcales enferment les femmes dans une condition servile ; mais elles enferment les hommes dans la condition dominante, c’est-à-dire dire qu’elles les privent de leur liberté en les assignant à la cruauté, à la maltraitance et en les privant sauvagement du sentiment d’empathie.
Fanon expliquait que dans le système colonial les colons blancs étaient eux aussi aliénés. Bien sûr ce n’est pas la même manière d’être victime d’un côté et de l’autre et on ne doit pas mettre ces expériences sur le même plan. Cependant, les hommes (individus de sexe masculin) auraient, je pense, tout à gagner à se débarrasser de ce qui, dans le masculin, enferme la conscience humaine. Cette culture du viol malmène les femmes au premier chef, elle s’empare des enfants, et pénètre les hommes au plus profond d’eux-mêmes.

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colette
Invité
colette

Je partage entièrement votre message. Merci, cela fait du bien

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miss
Invité
miss

Merci pour ce témoignage courageux, vous avez entièrement raison « en dégradant les femmes les hommes se dégradent eux-mêmes » …
et aussi, oui malheureusement les hommes comme les femmes sont victimes de « redressement comportemental » par le viol ceci avec l’approbation de la société qui dans ce cas ne punit pas les agresseurs … une réflexion de fond est à mener … et de grands changements, peut être cela se fera t’il à force de témoignages …

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