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Viol, déni, accusation de fantasme

Je vais avoir 60 ans. J’en avais 20. J’ai fait du stop. Un homme m’a violée. Un homme d’apparence « normal ». Un siège enfant à l’arrière de la voiture. Ca rassure.
Dix longues années se sont écoulées avant que je parvienne à dire.
Pendant ces dix années, j’ai fait comme si, continué à marcher. D’un pas de plus en plus cahotique.
Sur les conseils d’une amie me voyant sombrer, je consulte un psy. Au bout de quelques mois de séances, le viol resurgit. Je combats la peur et la honte. Il me faut dire. Prononcer enfin, pour la première fois, ce mot de la destruction. Ce mot de la mort. Ce terrible mot de VIOL.
Quatre lettres anodines. Si minuscules. Pour tenter de formuler l’indicible de la violence intime.
Du désir assassiné. De la fragmentation de l’âme et du corps. De l’arrachement du cœur. De la vie. L’analyste, Jean-Pierre Basclet, me demande s’il y a eu des témoins, m’assène le plus calmement du monde que « fantasme ou réalité, cela revient au même ». C’est alors comme un second viol.
Suicide raté, trachéotomie pendant 5 mois, hospitalisations psychiatriques. Refus d’entendre de médecins plus préoccupés de la nécessité pour eux de m’inscrire dans une case de la nosologie psychiatrique que de prendre en compte la réalité de ce vécu. Déni donc. De la famille aussi, qui elle aussi,quasi unanimement, inverse la proposition : ce n’est pas le viol qui est la cause de mes difficultés psychiques, professionnelles, financières, physiques. C’est mon esprit dérangé qui a « inventé » ce viol.
C’est après des mois de recherches, de démarches, de colères, de courage retrouvé, de peurs, de tentations de résignation, qu’enfin j’ai rencontré les femmes du Collectif Féministe Contre le Viol.
Alors ma parole, enfin, a été prise en compte, entendue, encouragée. Merci Evelyne.
J’ai découvert le sens de ce si beau mot : sororité.
Pour retrouver le sens du mot fraternité, il m’aura fallu beaucoup, beaucoup plus de temps, et traverser d’autres épreuves.
Je sais la difficulté de sortir de soi ce secret venimeux qui pèse le poids d’une vie qui va mourir si personne ne l’entend.
Il faut continuer à le dire. Il doit être entendu.
Et dire aussi la portée des mots, des injures, des agressions et des harcèlements du quotidien.
Il faut continuer à dire. Ne plus se taire.
Bien cordialement à vous toutes et tous qui prenez la parole. A vous toutes et tous qui ne le pouvez pas. A vous toutes et tous qui acceptez d’entendre.


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    Catounela marteAnonymetteJerom AuriolAnne64 Personnes ayant récemment commenté

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    Yoshi
    Invité
    Yoshi

    Merci pour ce témoignage qui montre que rien n’est impossible lorsque l’on est bien entouré et qui donne de l’espoir à toutes les victimes.
    Merci à vous !

    Anne64
    Invité
    Anne64

    La psychiatrie préfère le domaine du fantasmes que celui de la réalité.
    C’est plus lucratif.ça fait vivre l industrie pharmaceutique le milieu médical qui vous forcent à avaler leurs saloperies soi disant pour aller mieux.
    Le milieu associatif n’est pas mieux surtout quand il touche des subventions dons de je ne sais qui pour faire taire la victime.
    C’est tellement plus facile de faire passer une victime pour dérangée quand elle dérange.

    Jerom Auriol
    Invité
    Jerom Auriol

    Enorme témoignage bouleversant Espoir.
    Comment rester insensible à de tels propos… et donc comment rester insensible à ce que certaines personne endurent….

    Anonymette
    Invité
    Anonymette

    A vous lire je ressens un espoir, oui nous sommes tous, et j’espère ce masculin pluriel, solidaires pour un avenir meilleur!
    Ce qui me fait réagir c’est la réponse de votre psy… Le jour où j’ai dit à l’homme qui m’écoutait chaque semaine qu’en fait je devais tout inventer, il m’a dit posément : » Vous voulez innocenter ceux qui n’ont pas réagi? » il parlait de ma famille proche bien sûr. C’était si dur de reconnaître qu’ils n’avaient rien fait, et même dénigrée.
    Cette parole a été pour moi une délivrance, et je constate en lisant votre témoignage combien il est important d’être entendue. Vraiment entendue.
    C’est pourquoi je reviens encore ici, et ma parole se lâche, enfin!
    Merci pour votre témoignage.

    la marte
    Invité
    la marte

    Bonjour Espoir,
    40 ans d’indifférence de refus d’entendre. Moi je te crois. Je te soutiens. Je te dis courage. Un été sans fin nous attend nous les victimes. Moi tout le monde m’a crue mais c’est pas si simple. La famille est imprévisible. A bientôt. Tu es là pour nous. On est là pour toi.

    Catoune
    Invité
    Catoune

    Chère Espoir,

    J’adore votre Pseudo ! Il nous montre où vous en êtes dans votre vie ! Il est rassurant ! Quel parcours ! Quel cheminement ! Quelle force de caractère ! La colère vous a aidé à vous en sortir, puis la fraternité et la solidarité des victimes entre elles ! J’en suis ravie pour vous !
    Je veux juste vous dire : je vous ai lue, je vous crois et je suis avec vous de tout mon cœur ! Merci pour votre « ESPOIR ».