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Trouver le courage de parler après 6 ans de déni

J’ai 20 ans et ça fait maintenant 6 ans que j’ai été violée. Il m’a fallu beaucoup de temps pour m’en rendre compte et en parler. Les témoignages que j’ai entendu on fait ressortir ce que mon cerveau m’avait caché pour me protéger… Maintenant que je m’en suis rendue compte beaucoup de choses s’expliquent et j’ai de plus en plus le besoin d’en parler.

Voilà j’avais donc 14 ans quand s’est arrivé. J’étais avec ce que je pensais être une amie dans un appartement au bord de la mer. Cette fille était plus âgée que moi de 2 ans. La semaine se passait bien quand un jour elle me parle d’un garçon qu’elle a rencontré et qui est plus âgé. Elle me dit qu’elle l’aime bien, qu’elle pense faire sa première fois avec lui et qu’elle veut l’inviter dans l’appartement où on était à deux. (pas loin de l’appartement de ses parents) J’étais contre bien sûr car ni elle ni moi ne le connaissais vraiment, je voulais qu’on reste entre “amies” et surtout je ne comprenais pas pourquoi elle parlait de faire l’amour avec quelqu’un alors que je ne savais même pas comment ça se passait. Un soir on était dans cet appartement et quelqu’un sonne. À la porte, le garçon dont elle m’avait parlé accompagné d’un autre garçon de 18 ans. On est sur la côte belge et le garçon qu’elle avait rencontré parlait français et son ami ne comprenais pas un mot de français, il parlait néerlandais. Je me retrouve donc avec quelqu’un que je ne connais pas et à qui je ne sais pas parler. Assez rapidement la fille part s’isoler avec le garçon et je lui dit de ne pas me laisser seule avec l’autre, que j’ai bien dit que je ne voulais pas faire la même chose qu’elle et que je ne sais même pas comment se passent des rapports sexuels. D’autant plus que à cette époque j’avais un copain et qu’elle le savait. Elle me dit que ça va aller vite et je me retrouve seule avec quelqu’un qui parle une autre langue que moi. Il commence à m’embrasser et à me déshabiller… J’essaie d’appeler la fille mais elle me répond que tout vas bien se passer. C’est là que ça s’est passé. J’ai oublié beaucoup de détails avec le temps mais je peux encore ressentir le malaise que j’avais et la douleur. Je me rappelle du sang aussi. Incapable de me rendre compte de ce qu’il se passait je me disais que ce garçon me plaisait et que tout ce qu’il s’était passé était de ma faute car je n’avais pas réussi à dire non ni partir. Maintenant je sais très bien que je n’avais aucune porte de sortie car j’étais loin de chez moi et j’avais la pression de 3 personnes à un âge où on est très influençables. On est rentrés chez nous le lendemain. En retrouvant mon copain de l’époque on a eu nos premiers rapports. Je pense que la culpabilité m’a forcée à le faire. Comme si je lui devais ça. Comme si je devais me rattraper de “l’avoir trompé”. À cause de ces trois personnes je n’ai donc eu ni le choix de ma première fois et ni celui de ma seconde. Un choix pourtant très important pour tout le monde. Un mois après ça le garçon avec qui j’étais m’a quittée. Il avait appris par la fille qu’il s’était passé quelque chose. Elle m’avait donc forcée à le faire puis l’a raconté à mon copain. Bien sûr j’étais incapable de lui dire que c’était un viol car je n’en avais pas conscience. Et je ne me rendais même pas compte à quel point cette fille était toxique pour moi j’étais certaine que j’avais tout mérité.

Le temps passe et mon comportement se dégrade. Mon adolescence a été un désastre que je n’ai jamais su m’expliquer jusqu’à ces derniers temps. Bien sûr j’avais masqué cet épisode donc il m’était impossible de savoir d’où venait tout ce mal-être. Quelques mois plus tard j’ai commencé à me scarifier, à mentir à mes parents pour sortir, à boire, à fumer et même à prendre de la drogue. À l’école je répondais aux professeurs et j’ai eu plusieurs heures de colle. Je cherchais à sortir avec des garçons comme si j’avais absolument besoin de plaire ou d’être aimée. J’ai toujours été de base une fille calme et timide, mes parents ont toujours été là pour moi et j’ai beaucoup de chance car je n’ai jamais manqué de rien. J’ai toujours eu honte d’avoir fait tout ça si jeune et je savais pas me l’expliquer car ça ne collait pas du tout avec la manière dont j’ai été élevée. J’ai mis ça entièrement sur le compte de l’alcoolisme de mon père. Je me rappelle aussi avoir été chez la psychologue de l’école car je me rendais compte que quelque chose ne tournait pas rond mais arrivant au rendez-vous, j’ai été incapable de lui dire ce qui n’allais pas. Maintenant je me rend compte que cet événement que j’avais profondément enfui en moi et que je niais en me disant que c’était voulu, m’avait en fait totalement détruite de l’intérieur lentement et en silence.

J’essaie de me reconstruire depuis quelques années. J’ai en tout cas arrêté de fumer et de boire. J’ai des très bons points à l’université maintenant. J’ai beaucoup d’ambition et de rêves. Mais j’ai toujours beaucoup de mal à faire confiance aux gens (en particulier aux filles bizarrement) et avoir des rapports avec mon copain actuel qui est pourtant vraiment très gentil avec moi ramène parfois de très mauvais souvenirs et peut être particulièrement horrible… Je n’ai rien dit à mes parents ni à la police et je ne pense pas en être encore capable. J’avais pourtant vraiment besoin d’en parler et mon copain de maintenant est la seule personne à qui j’ai raconté tout ça.

Merci aux personnes qui auront pris le temps de lire mon histoire… Je pense que c’est un grand pas pour ma reconstruction. Et si j’ai pu aider quelqu’un avec une histoire similaire j’en serai ravie… Il est temps de parler.

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Sisi
5 mois plus tôt

Chère Anonyme,

Les personnes que l’on pense être ses amies ne le sont pas toujours. Cette “amie” était une personne toxique et malveillante. Il est normal que tu aies du mal à faire confiance dorénavant.

Ce que tu as vécu dans cet appartement est un viol. Si tu n’as pas pu réagir, c’est à cause du choc sur le moment. Tant que tu n’exprimes pas ton consentement clairement et sans pression aucune, alors, c’est un viol.

Je te souhaite beaucoup de courage! On ne se remet pas facilement d’un viol mais lorsqu’on prend conscience des choses, on a déjà fait un pas vers la guérison.

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Zaragan
5 mois plus tôt

Chère anonyme, merci pour votre témoignage qui est très touchant.
Je pense que vous avez été victime de mémoire traumatique. Ce qui expliquerait pourquoi vous avez tout oublié. Vous souffrez clairement de psychotraumatisme, de stress post traumatique. Votre comportement à votre adolescence est effectivement dû à votre traumatisme et cela n’est en aucun cas de votre faute.
Je vous met des liens pour vous renseigner:
** La sidération: pourquoi une victime ne réagit-elle pas durant l’agression? 
→ Site filsantejeunes.com → Accueil → Mal être → Violences → Des info sur… → violences physique → L’état de sidération
https://www.filsantejeunes.com/letat-de-sideration-psychique-20843
** la mémoire traumatique ; site de Muriel Salmona: voir son article mémoire traumatique en pdf + rubriques « Psychotraumatismes » et « Que faire en cas de violence? » sur le site.
https://www.memoiretraumatique.org/
où on peut trouver des brochures expliquant simplement les choses :
→ ** mémoiretraumatique.org : publication et outils : Brochure d’information :
BROCHURE D’INFORMATION SUR LES VIOLENCES À L’ATTENTION DES JEUNES ADULTES:
https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/brochure-jeunes-web.pdf
** Sur le site du CPIV : vous trouverez une rubrique sur le stress post traumatique avec les symptômes et les différents types (TSA, TSPT et TSPT complexe)  :
http://www.cpiv.org/le-trouble-de-stress-post-traumatiq

Vous êtes sur la bonne voie de la reconstruction en tout cas! Bravo!
Mais vous avez absolument besoin de consulter un psychiatre et un psychologue qui vous aideront à reprendre confiance en vous. Il faut que vous en parler pour aller mieux (a condition que vous soyez écoutée et comprise). Vous n’êtes pas obliger d’en parler à vos parents, mais parlez en à des professionnels pour qu’ils puissent vous aider. Le silence et le déni détruisent, comme le démontre votre témoignage.
Contactez des associations, elles vous écouteront et vous aideront à consulter des psy compétents. N’hésitez pas à les appeler autant de fois que vous le désirez. Dites leur ce que vous avez vécu . Je vous met quelques numéros. Vous pouvez aussi leur écrire si vous préférez.
** 3919 (lundi au samedi , 9-19h)
http://www.solidaritefemmes.org/
** 0 800 95 95 ( lundi au vendredi, 10h-19h)
http://www.cfcv.asso.fr
** Essayez d’appeler une asso de votre région, elle pourrait mieux vous aider puisqu’elle est dans votre secteur :
sur la liste d’asso en région du site stop-violences-femmes.gouv.fr/,cochez la case «  violences au sein du couples ». Il y a 248 associations en tout.
https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/-les-associations-pres-de-chez-vous-.html
** CIDFF – Centre d’information sur les droits des femmes et des familles
Numéro et email des CIDFF par région :
https://demarchesadministratives.fr/cidf-femme-famille
**MFPF – Mouvement français pour le planning familial : permet un accès au soins avec des permanences et consultations ainsi que d’autres droits lié à la sexualité
https://www.planning-familial.org/fr
Numéro : 0 800 08 11 11
→ Cherchez le planning familial proche de chez vous sur la carte interactive et appelez le

Pour porter plainte, sachez que vous pouvez être conseillée sur cette plateforme. Vous communiquerez avec un policier qualifié. C’est anonyme. Si vous avez des questions, n’hésitez pas.
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R50509

Courage!
De tout coeur avec vous

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