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Réveil de vieux démons

C’est perplexe que depuis quelques jours je vois passer les # moi aussi, me toi, balance ton porc…
Je ne sais pas, comme une détachement, pas d’opinion, pas d’avis sur la chose…
Je n’avais même pas pris là peine de lire ce qui se disait sur le sujet, je savais juste que le mouvement prend de l’ampleur, qu’il a réussi à conscientiser quelques hommes, mais des femmes aussi ( combien ont minimisé certains mots, certains actes…) Ce mouvement à mis en lumière un fait « commun » mais non moins anormal. On a toute a un moment de notre vie eu à faire face à des situations d’humiliation,au mieux
:-(, ou carrément à la violence …

Et puis, aujourd’hui, j’ai lu des témoignages, j’ai tenté d’ôter ma tête du sable… Pas que je ne voulais voir la souffrance de nombre de femmes, de tout âge, de tout milieu … Je ne voulais pas voir la mienne.
Je pensais avoir tourné la page, je pensais que j’avais réussi à dépasser ça, en faire une force, ma force.
Mais lire certains témoignages m’a soudainement provoqué une grande tristesse, la nausée aussi et puis une putain de colère enfouie depuis trop longtemps.
Et là, comme une sortie de mon propre corps, je me suis mise à m’observer de l’extérieur.
Le constat? Je suis malgré les efforts encore conditionnée par mon passé, par mes épreuves, par cette souffrance pernicieuse qui a mis bien des années à surgir. C’est confortable le déni mais quand ça te revient dans la figure ça fait mal, tôt ou tard, ça jaillit comme un diable hors de sa boîte.
Ce démon endormi, sorti de sa boîte ce matin à la lecture de témoignages, ce sont les attouchements que j’ai subi dans l’enfance, le voyeurisme, les humiliations. ..
Ces histoires de pères instables, souvent alcooliques qui profitent de l’une des particularités du développement psychologique de leurs filles, le dénommé complexe d’œdipe, pour glisser vers l’expression malsaine de leur amour de parent.

Je ne sais plus quand ça a commencé, avant 5 ans c’est sûr. Les soirées télé en famille, le patriarche avait son canapé face à la télé, ma mère et mon frère installés dans les deux autres fauteuils. Le patriarche, couché jambes écartées m’installait entre ses cuisses, la tête sur son sexe. Il me caressait les zones exogènes, jamais le sexe, une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais eu l’idée, du moins avant l’adolescence de me dire que ça n’était pas normal, d’ailleurs, avant que l’affaire Dutroux n’éclate, je n’avais aucune idée de ce que pouvais bien dire « viol, inceste, attouchements… » je n’avais même jamais entendu ces mots.
Aussi dans ma famille régnait un huis clos, de celui que connaissent bien les enfants d’alcooliques et de parents violents. La honte est telle que l’on trouve un tas de raison pour éviter aux copains de venir à la maison et le chantage affectif était tel que je ne pouvais que difficilement aller chez des amies. Je ne pouvais me rendre compte du comportement « normal » de parents envers leur enfant. Un vrai piège.

Nous n’avions pas de salle de bain ni de chauffage dans les chambres à l’étage. Le salon faisait office de chambre pour le patriarche et le canapé son lit, cette pièce était grande ouverte, sans porte, sur la cuisine, seule pièce chauffée et avec un point d’eau chaude pour remplir la bassine qui permettait de se laver. J’étais obligée de me laver sous les yeux de mon père, ou ne pas me laver… malheureusement, une énurésie tardive m’obligeait quotidiennement ce rituel abjecte.
Aussi lui ne se gênait pas pour se laver devant moi alors qu’au chômage, il avait toute la journée après mon départ pour l’école pour se laver. J’en éprouvait un tel dégoût au fil des années. Il dû subir une lourde opération du dos, à son retour, je devais le laver, ma mère ne voulant plus s’occuper de cet homme me reléguant cette immonde tâche. Je devais avoir 7 ans. Même remis sur pieds, il insistait pour que ce soit moi qui continue de m’en occuper.
Je pourrais en raconter encore beaucoup mais relater chaque détails ne me serait pas utile, ni à vous.
Juste que je me suis enfuie a 17 ans, je ne pouvais plus voir cet homme, j’en ressentait un profond dégoût mais pendant longtemps, il a joué la victime d’une fille ingrate, vous savez, j’étais la prunelle de ses yeux, il avait tout fait pour moi, il s’est tant sacrifié. .. Et voilà comment je l’ai remercié en coupant les ponts avec lui et le reste de la famille. Vraiment, quelle ingratitude n’est ce pas?
Je l’ai traînée longtemps cette culpabilité, cette honte. Mon corps ne m’appartenait pas, je ne l’avais jamais respecté, j’avais jamais appris que mon corps est à moi et que moi seule peut en disposer comme je l’entend. Alors, a partir de 17 ans, j’ai enchaîné les mecs, les histoires sans lendemain, les plans culs comme on disait. Je sortais même avec des types qui me dégoutaient mais au moins j’étais sur pas seule et je me sentais désirée. Jusqu’au jour où, étant avec un de ces types « comme pour dire » ça durait depuis plusieurs semaines, un des amis de ce mec me montra une photo de son pote 10 ans plus tôt, ce fut un gros choc car j’étais devant la photo de la copie conforme de mon père. Gros choc, grosse sensation d’être sale, d’être un être abject. J’ai fui, tenter d’oublier.

Quelques années plus tard j’ai rencontré mon compagnon actuel, c’est lors de ma grossesse qu’une très grande partie des souvenirs enfoui en profondeur dans ma psyché sont remontés à la surface. J’ai commencé à développer la frigidité, chaque caressé de mon compagnon était une souffrance, à la place de plaisir je ressentais du dégoût pour mes envies, mes désirs, mon propre sexe, l’orgasme. …
Même allaiter mon enfant me mettait dans un état de honte.
Pendant des années, mon compagnon à fait preuve de patience, il ne comprenais pas car la parole ne s’était pas encore libérée mais il a tenu bon à mes refus.
Et j’ai pu lui parler après encore quelques années du pourquoi, il en fut choqué et m’a soutenue dans ma reconstruction.
La psychanalyse m’a aidé mais aussi en parler avec mes proches amies. D’autres approches thérapeutiques m’ont permise de retrouver mon corps, de me le rapproprier, m’incarner.
J’ai encore du chemin à faire, c’est comme un exorcisme. Faire sortir la trace de l’autre de soi, comme un rémanence de la mémoire dans chaque cellule, qui parfois en un fraction de seconde vient te pourrir une nuit d’amour, où juste après l’orgasme, des traces de honte s’accrochent encore à mon esprit.
Et cet exorcisme sera d’autant plus complexe que le patriarche est mort. Je ne pourrais le confronter à ses responsabilités. En même temps, son karma l’à rattrapé, mort à 52 ans, seul dans son alcool. Mort misérable pour un être misérable.

La dernière chose que je pourrais ajouter, c’est que cette épreuve m’a donné la force de ne pas m’enfermer dans le rôle de victime, à partir de la prise de conscience, les mecs qui ont tenté de me harceler, m’insulter, me toucher sans mon consentement ont été vite remis à leur place de façon cinglante et sans ambiguïté.

Voilà, à vous mesdames qui hésitez encore, libérez la parole, reprenez votre véritable pouvoir de femme, soyez « actrice » de votre libération.
On est pas seules, ça peut paraître effrayant et en même temps on a besoin de sororité, plus que jamais.

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Marc
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Marc

Merci, mais je suis un homme et votre discours correspond un peu à mon parcours. La malveillance n’a pas de genre puisque ma mère laissait notre père faire. Ce n’est pas le sexe qui créé le malveillant, c’est la capacité de l’être. Si la société était matriarcale, ce serait les femmes. Alors on va arrêter tout de suite, et on va partir du principe que les hommes et les femmes sont égaux en bien et en mal.

J’ai envie de reprendre votre phrase et de la modifier:

« Voilà, à vous ‘Etres Humains’ qui hésitez encore, libérez la parole, reprenez votre véritable pouvoir d’Etre Humain, soyez « actrice-teur » de votre libération.
On est pas seul-e-s, ça peut paraître effrayant et en même temps on a besoin d’Humanité, plus que jamais. »

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