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Nous n’étions que des enfants

Ma mère a vagabondé d’homme en homme toute sa vie.
Nous sommes 6 soeurs de la même mère dont deux du même père. Ce n’est pas lui qui est en cause ici. Mon père s’est remarié et à refait sa vie après une séparation complète catastrophique.
L’homme en cause est le père de mon avant dernière petite soeur. Ma mère me l’a présenté en me disant un jour à l’oreille: « Va voir dans ma chambre, il y a une surprise ». Mon père était parti de la maison et me manquait. J’ai cru que c’était lui. Sauf que non, c’était cet homme: **.
Un homme qui m’a prévenu un jour (j’avais environ 5 ans): « je vais te faire des choses comme les grands ».
J’en ai été vraiment troublé sans saisir pourquoi exactement.
Cet homme était aussi très violent tout comme ma mère qui pouvait nous battre si fort qu’un jour en me défendant à table ma fourchette est restée plantée dans son doigt.
Il s’est plus à me mettre « sous contrat » quand je rentrai de l’école: j’avais un temps imparti pour me changer en rentrant de l’école sous peine d’être punie…
J’ai reçu dans cette période la une fessée humiliante à quatre mains, les siennes et celles de ma mère.
Il m’a dit un jour: « tu vois ton père, en boîte je draguais ta mère et il ne voyait rien ». Je n’avais pas plus de 7 ans et cela reste gravé dans ma mémoire.
Puis nous sommes partis vivre sur un autre continent, jouer les aventuriers avec cet homme. Voyage pour lequel ma mère a tout abandonnée sans prévenir personne laissant sur place un ensemble de dettes consequant. Je suis née en 1983 alors vous imaginez bien qu’à l’époque il était facile de se cacher. J’ai appris adulte que ma famille paternelle nous a recherché mais sans succès jusqu’à l’apparition des réseaux sociaux.
Sur place l’horreur sexuelle a commencée. Tout d’abord en nous montrant des films pornos : « Tu vois c’est comme ça que les adultes font » puis en étant réveillée en pleine sieste par une agression de sa langue dans mon sexe de petite fille. Puis l’épisode terrible du face à face seule avec lui un après-midi où « comme les grands » j’étais allongée dans le lit conjugal d’un hôtel, regardant mon image dans un miroir, me montant cet homme attablé sur mon sexe, les jambes écartées. Je n’avais pas plus de 7 ans encore. Les agressions ont continué, toujours en l’absence de ma mère. La plupart du temps je devais lui faire des fellations et il mettait ses doigts dans mon sexe.
J’ai tellement hurlé de désespoir perdue dans la jungle ce jour-là. Nous vivions dans un village.
Parfois des gens y ayant une maison secondaire y séjournait. Un jeune homme venait régulièrement quelques jours. Il a abusé de moi lui aussi.
** était malin, il m’a dit une fois: « tu vois je ne peux pas te faire exactement comme pour les grands parce que je pourrais briser quelque chose que tu as à l’intérieur et du coup cela se verrait et se saurait. » il a accompagné ses paroles d’un geste indiquant le croisement sur un filet de pêche. J’ai compris plus tard qu’il parlait de mon hymen.
Cela a duré jusqu’à sa séparation de ma mère au début des années 90. J’ai fait semblant de pleurer ce jour-là.
Ma mère, **. n’a cependant pas été en reste. Nous avons très souvent assisté à ses ébats avec cet homme car ma petite soeur et moi-même dormions dans la même chambre (par chance ils ont fini par nous mettre au **** ****** de *ville*).
Dans ce même lieu, j’ai subi dès début d’abus sexuels de la part « d’une grande » ** à laquelle je m’étais confiée sur mes malheurs. J’ai réussi à y mettre rapidement fin. Elle n’a pas insisté, ayant trop peur des sœurs qui pouvait nous frapper à la moindre occasion.
Mes deux grandes sœurs (nous n’étions que 4 en à avoir déménagé sur cet autre continent) dormaient juste à côté, séparée par une palissade de bois et entendaient tout.
Des années plus tard, pendant tout ceci derrière moi et sur le point de partir de la maison familiale après mon bac, elle se masturbera contre ma jambe.
Je comprends bien mieux maintenant pourquoi lorsque ma grande soeur a tenté de lui parlé des abus de ** elle lui a rit au nez.
J’ai appris en écrivant mon témoignage à mes sœurs et certains membres de ma famille paternelle et de mon entourage, que mes sœurs aussi avaient subis des abus sexuels. Pour la violence physique et verbale presque quotidienne, je n’en n’avais aucun doute car les passages à tabac pouvaient être collectifs (une facture de téléphone trop élevée, un vernis renversée, toutes les raisons étaient valables).
Nous avons vécu dans un monde de mensonges, de violence, de destruction psychologique et physique. Constamment nous étions menacées: « je vais appeler les gendarmes et vous allez voir » « on va vous mettre à la DASS ».
Je me souviens qu’à la menace favorite: « vous voulez que je me tire une balle ou quoi? » j’ai souvent répondu dans ma tête « oui! ».
Chaque jour maintenant est un combat, une construction. Nos bagages sont lourds et un enfant aussi traumatisé ne peut donner qu’un adulte en peine. Nous avons su nous entourer correctement, travailler dur pour nous en sortir et nous travaillons à vivre avec cela et ses dommages.
Ce n’est qu’il a quelques jours que je me suis dit que je devais écrire cela ici, même si c’est un résumé.
Régulièrement je tape du point sur la table pour tenter de me protéger, de nous protéger car si cet homme ** semble avoir fini en prison pour meurtre, ma mère est toujours vivante et tente régulièrement de s’immiscer dans nos vie. La cupidité ayant pris le déçu, je vous passe les horreurs dont elle a été capable avec le père de ma dernière petite soeur qui a aujourd’hui 20 ans, décédée il y a 4 ans.
Pour elle, pour mes sœurs, pour toutes les personnes ayant subi des abus, je veux dire stop et me battre.

Note aux administrateurs: si vous trouvez que les initiales sont trop nominatives, je vous en prie, effacez-les mais laissez mon témoignage. Cet acte fait parti de ma reconstruction.

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Louve
22 jours plus tôt

Bonjour, Je lis votre témoignage et j’aimerais dans un premier temps vous dire à quel point vous faites preuve de courage en posant ces mots horribles. Vous avez vécu l’horreur à laquelle s’est greffée la perversion de votre mère, celle qui aurait dû vous protéger, celle qui aurait dû vous donner la confiance en vous toute petite.
Taper du poing sur la table et surtout svp ne renoncez pas à parler de ce qui vous est arrivé (à la justice, à des thérapeutes,….) . J’ai connu les abus et je n’aime pas mentir alors je sais que malheureusement ce que vous avez subi restera dans un coin de votre âme et de votre corps mais la place de cette souffrance se réduira.
Un salaud non puni par la loi est dans la toute puissance. Une femme non reconnue dans ce qu’on a pu lui faire subir de pire est dans la “toute souffrance”. Il y a comme une étiquette collée sur nous qui donne à croire “allez y avec ce que j’ai vécu vous pouvez recommencer”. La souffrance est dans le corps, le coeur et toutes ces pensées qui reviennent comme un tsunami. Je constate de plus en plus à quel point des agressions commencées tôt dans l’enfance peuvent s’inscrire dans la répétition. Mais ne surtout pas croire que ça justifie le moindre acte postérieur à votre premier viol !
Il y a ces fragilités et c’est en libérant votre parole que vous transformez peu à peu ces fragilités en une force collective car “oui” nous sommes nombreux/nombreuses à avoir vécu des horreurs et si nous réussissons à unir nos voix, nos témoignages nous pourrons peu à peu faire changer les choses. La honte comme je l’ai dit ce matin finira par changer de camps. Un jour viendra où nous regarderons les violences faites aux enfants, aux femmes et aux hommes comme les horreurs de la seconde guerre mondiale : on verra ces porcs qui ont commis des crimes contre l’Humanité, ces lâches qui n’ont rien dit, rien fait, et ceux trop rares qui auront fait partie de ces résistants, de ces précurseurs du changement. Ces changements vont encore demander du temps, de l’énergie, des déceptions parfois mais ces changements vont s’amorcer ! Et oui c’est usant de sortir les pelles pour enlever la merde plutôt que mettre de la sciure en se disant “tant pis pour ceux qui marchent dedans. ”
Ce témoignage a dû vous demander beaucoup d’énergie et j’aimerais vous dire de pensez à vous, de vous entourer de personnes bienveillantes et de confiance. Pardon pour mon impolitesse mais des cons qui ne vous écouteront ou se diront que ça ne les concerne pas, vous en trouverez sur votre chemin et à côté de tout ça il y a “ces belles personnes” plus courageuses car dotées justement d’un coeur et d’une intelligence capable d’engendrer les véritables et profonds changements sociétaux. A force de parler, ils seront aussi sur votre route.
Votre mère a mes yeux n’en est pas une et elle a eu de la chance de pouvoir mettre au monde des enfants car elle fait partie à mes yeux de ce que l’humanité a engendré de pire.
Pour ma part, j’avais trouver de l’aide en contactant le 0 800 05 95 95 c’est un numéro gratuit que l’on peut joindre du lundi au vendredi. cfcv.asso.fr

Il y a aussi l’AMAV et des associations comme l’assocation Parler. Vous pourrez parler dans un groupe de femmes et là encore pour ma part, j’y ai trouvé de l’écoute et cette énergie dont j’avais besoin. Je n’y suis allée qu’une fois car je cumule “les soucis matériels et personnels” mais je vais recommencer à m’investir dans ces groupes car nous ne sommes pas seules et il est temps que nous relevions la tête et regardions en face ces porcs, ces lâches et que nous prenions conscience de notre statut de victime. Ce n’est pas à nous d’avoir honte et de baisser la tête.
L’un des noeuds pour sortir de ces “horreurs” est selon moi dans l’enfance : comment détecter plus tôt, comment agir plus rapidement, comment enseigner l’empathie et le respect de l’Autre, comment enseigner le courage et la bienveillance ?

Bravo et merci encore pour courageux témoignage.

De tout coeur avec vous.

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