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Lettre ouverte à mon agresseur

Lettre ouverte à mon agresseur,
Tu ne te souviens sans doute pas de moi mais moi je me souviens très bien de toi ! Mon corps est marqué par toi.
Je me souviens très bien de ce moment où tu as fait basculer ma vie. De cet instant précis, où mon innocence s’est éteinte.
On dit souvent que le viol survient par quelqu’un de ton entourage. Quelqu’un qui t’es familier. Quelqu’un en qui tu as confiance. Je me demande encore pourquoi je n’ai pas réagi, compris plus-tôt, avant qu’il ne soit trop tard. Il y avait pourtant tellement de signes. Je me suis pourtant jetée dans la gueule du loup, ta gueule, …
Tu es un prédateur, j’étais ta proie.
Tu as gagné ma confiance, tu m’as même invité chez toi, auprès de ta femme et de tes enfants. Finalement, peut-être que le plus à plaindre, c’est toi.
Tu as cru que par cette confiance, tu avais un quelconque droit sur mon corps ? Ce jour là, j’étais une enfant, j’avais des rêves pleins la tête. Je venais d’avoir 18 ans, ce qui ne t’a pas échappé. Parce que oui, tu t’étais renseigné, en bon chasseur qui flaire sa piste.
Pendant longtemps, j’ai cru que c’était ma faute. Je poussais mes limites au maximum. Je buvais sans doute trop. Je t’ai poussé dans tes retranchements. L’alcool aidant, j’ai pris ta technique de chasse pour de la gentillesse.
Je t’ai suivie ce soir-là, dans cette ruelle, quelle image glauque tout droit sorti d’un film d’horreur. Et pourtant, ça m’est bien arrivé à moi aussi.
Je me suis assise sur ces marches d’escaliers avec toi. Tout est vague et flou, sans doute à cause de l’alcool. Tu as d’abord commencé à m’embrasser. Je n’ai pas compris, toi cet ami, toi cet homme plus âgé. Que s’est-il passé ? Que s’est-il passé ? Que t’est-il arrivé ? Ai-je répondu à ce baiser ? Peut-être, je n’arrive pas à m’en souvenir. Je n’avais jamais été embrassée auparavant. Tu étais l’adulte, je sortais à peine de l’adolescence. Pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi est-ce que je me suis infligée ça ?
Tu sentais le cendrier froid, tes mains étaient froides. Je ressens encore parfois ton souffle chaud dans mon oreille, tes mains sur moi … Tu ne cessais de me dire que je te rendais fou… Je ne comprenais même pas le sens de ces mots, de tes mots.
Tu m’as ensuite entraînée derrière un mur, caché à l’abri des regards. Alors que mes jambes ne répondaient plus, pourquoi n’ai-je pas fui dans l’autre sens ? M’aurais-tu laissé partir ? Mais au fond de ma chair, il était déjà trop tard. Tu m’avais marquée, tu m’avais pris quelque chose. J’étais trahie par l’Homme dans sa toute-puissance. Tu allais régir tous mes prochains contacts avec l’autre sexe.
Arrivée derrière ce mur, tu m’as mis entre lui et toi. Prisonnière de mon propre corps, prisonnière de ton corps. Je voulais que ça cesse, alors j’ai prié.
Tu as continué à m’embrasser alors que je ne réagissais même plus. Tu as ouvert mon pantalon. Tu as insinué ta main dans ma culotte. Personne n’avait jamais touché cet endroit, même pas moi. J’aurai tellement souhaité donner moi-même cette autorisation, plus-tard, à un autre garçon, que j’aurai désiré aussi. Mais même ça tu me l’as pris. Je ne me souviens plus d’aucune sensation. Comme-ci je ne possédais plus mon corps, comme-ci il t’appartenait. Alors que je ne te l’avais même pas donné. Ai-je dit non ? je ne me souviens plus, j’ai pourtant cette impression que ce mot est sorti de ma bouche. Mais étais-je encore capable d’émettre un son ?
Pourquoi m’as-tu pris tout ce qui m’appartenait ? Pourquoi as-tu marqué ma chair de cette façon ?
Finalement, tu as décidé de me laisser partir ? Comme un animal pris dans un piège qu’on finit par libérer.
Où commence le viol et ou s’arrête-t-il ? Tu m’as pénétré par tes doigts sans doute jaunis par la cigarette. Tu m’as touché là où je ne t’en avais pas donné le droit.
Pour moi, c’est ma vérité, tu m’as violé. Tu m’as pris une partie de moi. Pris cette partie qui m’empêche d’aimer, qui m’empêche de m’aimer et d’aimer la vie. Tu n’es pas responsable de tout ce qui dysfonctionne dans ma vie mais tu fais partie d’un problème que je dois résoudre. Je ne suis pas ton problème mais tu es le mien !
J’ai toujours été convaincue que je devais me pardonner. Le pardon ? Mon pardon, tu ne l’auras jamais et tu ne le cherches même pas. Je ne te pardonnerai jamais de m’avoir abimé.
Je suis envahie par mes propres pensées, cette prière que j’ai temps répété lorsque tu me salissais : « Ne bouges pas, il finira par te laisser tranquille, il finira par te laisser partir ». Alors que mes larmes coulaient sur ma joue. Finalement, ce sont bien les termes que tu as aussi utilisé en me laissant seule dans cette ruelle : « Je vais te laisser tranquille ». Toujours à mon oreille, comme-ci tu me faisais une faveur.
Quelqu’un m’a dit récemment que j’étais une survivante … Tandis qu’une autre m’a dit que ça allait bien au-delà du pardon. Après une dizaine d’années, ce n’est pas le pardon qui me guérira, ni le pardon de moi-même, ni le tien. Je dois accepter que ce soit arrivé. On ne réécrit pas son histoire. Lorsqu’elle est vécue, personne ne le peut. Je dois accepter ce qui s’est passé et apprendre à vivre avec.
Je ne veux plus que tu conditionnes ma vie, mes plaisirs ou mes relations. Je veux regarder devant moi. Je veux me regarder dans le miroir, me dire que ça en vaut la peine et surtout que j’en vaut la peine.
J’ai toujours eu conscience que je t’écrirai cette lettre mais je ne savais pas combien de temps cela me prendrait. Maintes fois, j’ai essayé et je n’y suis pourtant jamais arrivée.
Il m’a fallu exactement 12 ans pour admettre que tu étais en trop dans ma vie. Aujourd’hui, je me sens assez forte pour te combattre et chasser ton ombre de ma vie. Te voilà prévenu connard !

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