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Lettre ouverte à mon agresseur

Cette lettre n’attend ni excuses, ni déni, ni réponse de ta part.

Il s’agit de mon expression, mon vécu, ma douleur que je souhaitais te faire partager car tu en a été le responsable il y a 40 ans alors que tu étais mon oncle, par alliance.

A l’âge de 5-6 ans, tu m’as pour la première fois fait subir des attouchements sexuels. C’était dans votre lit conjugal que je partageais pour la nuit, faute de place dans la chambre des cousins. J’en ai parlé à ma mère. A l’époque, elle a pensé que j’avais confondu le temps de la toilette avec des attouchements. J’ai eu beau lui dire que cela s’était passé dans un lit, l’information devait être trop difficile à entendre pour qu’elle puisse l’accepter.

A partir de là, j’ai évité de rester la nuit chez vous.

Pourtant, bien malgré moi, je me suis retrouvée à passer une semaine de vacances dans votre nouvelle maison, en 1983, cinq mois après le décès de mon père. Cette semaine là a été la pire de ma vie. Tu m’as fait subir pratiquement toutes les nuits des attouchements sexuels, masturbations, en me demandant parfois si j’aimais cela. J’avais 9 ans.

Toutes ces années, je me suis demandée comment un homme adulte pouvait faire subir cela à une enfant de 9 ans et lui demander s’il « aimait ça ». Sais-tu ce que ressent une enfant quand un adulte l’agresse sexuellement ? Parce qu’il s’agit d’une agression sexuelle.

T’es-tu déjà mis à la place d’un enfant ? As-tu subi cela enfant ?

Une enfant que l’on vient masturber chaque nuit ne ressent aucun plaisir. Elle a mal. Mal de ces doigts d’adultes qui la blessent physiquement et psychologiquement.

J’étais terrorisée, en alerte au moindre bruit que faisait l’escalier en bois quand tu montais dans la chambre car la tienne était au RdC. Quand tu t’approchais de mon lit et commençais à me toucher, j’avais l’impression que mon cœur allait exploser et que mon esprit se décrochait de mon corps pour ne plus rien ressentir. Comme je l’ai lu bien plus tard pour comprendre, les experts appellent cela « la sidération ». A ce moment là, je me sentais comme morte.

Et après la mort est venue la honte, la saleté. Toute cette saleté qui colle au corps et au cœur. Une saleté que je ne pouvais oublier car à cette époque, nous étions tous « en famille » chez les grands-parents tous les week-ends. Imagines-tu les ressentis d’une petite fille de 9 ans quand elle croise son agresseur tous les week-ends pendant près de dix ans ? Quand celui-ci joue le tonton gentil et rieur. Quand il la regarde avec insistance lorsqu’elle grandit, qu’elle devient une femme, quand il tente de voir ses sous-vêtements en soulevant sa robe dans les escaliers… en riant. Quand il retente enfin de la toucher quand elle a 13 ans et qu’il comprend que cela ne va plus être possible.

Si tu m’avais retouchée à ce moment-là, je t’aurais craché à la gueule. Et tu devais certainement le sentir. Le prédateur, le pédophile, devait lentement mais sûrement aller vers d’autres victimes.

Et ce fut le cas d’autres femmes de la famille : ma tante, que tu as harcelée pendant des années, lui disant qu’elle était la femme de ta vie. Elle m’a racontée ta « déclaration » lorsque nous étions tous en Savoie en vacances. Elle a toujours cru que je l’avais entendue, ce qui n’était pas le cas.

Bien plus récemment, ma propre mère m’a dit que tu avais essayé de la «séduire » (est-ce le terme approprié ?), en tout cas, que tu l’avais harcelée alors qu’elle était enceinte et en vacances avec mon père et toi, en Italie. Tu as retenté avec insistance beaucoup plus tard, lors de la communion de ta fille, où elle t’a repoussé en te griffant le visage. Qui sait si tu n’as pas essayé plus souvent que cela, mais qu’elle n’a pas voulu me le dire ?

Dans la famille, seule ma tante sait que tu m’as agressée. Aucun autre membre. Même mon amie la plus proche, que je considère comme ma sœur, ne l’a pas su. Je compte lui envoyer une copie de cette lettre pour qu’elle sache. Enfin.

Mais autour de moi, loin de ma région d’origine, beaucoup sont au courant : mon conjoint, certains amis, des collègues. La parole s’est libérée pour toutes les femmes et les hommes qui ont subi la violence de pédophiles et nous sommes nombreux.

Je t’appelle « le pédophile » quand je parle de ce que j’ai subi parce que tu n’es que ça depuis que j’ai 5-6 ans.

Pourquoi ne pas en avoir parlé à la famille ? Imagines-tu la déflagration à l’époque ?

Je ne souhaitais pas te protéger en me taisant. Comment une petite fille de 9 ans pourrait vouloir protéger son agresseur ? Tu n’étais rien pour moi. Ni mon grand-père, ni mon père, ni mon frère.

J’ai protégé ma mère, avant tout. Ma mère qui venait de perdre son mari et qui est restée mutique pendant un an.

Je me suis aussi protégée, de la honte, de la saleté. Je ne voulais pas être associée à cette noirceur, je ne voulais pas être une victime. Je n’ai jamais pu supporter les étiquettes. Je savais seulement que tu n’avais aucun droit sur mon corps et que ce que tu avais fait était mal. Et que plus jamais je ne te donnerai l’occasion de me faire du mal.

J’ai aussi protégé tes enfants, mes cousins. Comme ils étaient des garçons, je pensais que tu ne les toucherais pas. N’oublie pas que j’avais 9 ans ; j’étais encore très naïve.

Je ne voulais pas qu’ils sachent que leur père était un monstre parce que je me mettais à leur place. Comment aurais-je réagi si j’avais su que mon père était pédophile, qu’il faisait du mal aux enfants ? Quel enfant pourrait supporter d’avoir un père ou une mère comme ça ? Comment ne pourrait-il pas se sentir sale d’être issu d’un être pareil ?

Quand ta fille est née, ma cousine, j’ai eu très peur pour elle et surveillais les signes d’attouchements sexuels. C’était une enfant joyeuse et rieuse, comme moi, à l’époque. Elle aurait pu faire semblant, comme moi à l’époque. Mais je me suis dit que cela se verrait car elle aurait subi ceci chaque jour de sa vie et que l’on ne pouvait pas ne pas le voir. J’espère ne pas m’être trompée. Sa vie de femme et de maman épanouies me rassure maintenant.

Leur dirai-je un jour ? S’ils me le demandent, c’est sûr. Je sais que tu n’es pas proche d’eux et qu’ils ne te laisseraient jamais t’occuper de leurs enfants. Cela me rassure d’autant plus.

Si je ne te nomme pas dans cette lettre, c’est que tu n’es personne pour moi. Tu es juste « le pédophile » que j’ai croisé enfant et qui malgré tous ses efforts ne m’a pas empêchée d’être ce que je suis aujourd’hui : heureuse.

Heureuse de ne pas être toi, de ne pas avoir été à ta place, de ne pas vivre ta vie gâchée d’agresseur et de consacrer la mienne aux enfants et à l’Art, entourée des miens.

Toi, tu n’auras été que le produit d’une certaine société de mâles bientôt anéantie, une erreur de la nature.

Tu recevras cette lettre par la Poste dès que j’aurai retrouvé ton adresse. En attendant, elle sera en ligne sur “balancetonporc.com” pour témoigner de la société dans laquelle nous vivons.

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Louve
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Bonjour, un très grand merci pour ce partage qui a dû vous demander tellement de courage !

Aujourd’hui j’aimerais que la Justice intervienne plus vite et qu’il y ait une plus forte sensibilisation pour sortir de la société patriarcale dans laquelle nous vivons. Une seule agression peut en dissimuler d’autres comme en témoigne votre post.

J’ai porté plainte contre mon dernier agresseur qui m’a mis un doigt au vagin et qui continue à garder ses petites filles. J’attends toujours que l’enquête bouge pour mettre cette ordure face à sa merde. Je n’ai pas été la seule femme à être victime de ce pervers mais parleront-elles en pensant aux enfants ??????
. Quand je vois ce que vous avez subi, je me dis qu il nous incombe à nous adultes lors d’une agression de libérer cette parole car la toute puissance ne s’efface pas du jour au lendemain comme par un coup de baguette magique.

Votre courage, cette lettre que vous vous avez osée écrire m’ont fait monter les larmes aux yeux. MERCI!
PS : je pense comprendre que vous avez déjà entrepris des démarches pour vous reconstruire. Je vous parle donc uniquement de l’association Parler
https://www.associationparler.com/
Au niveau du site vous avez un onglet “suis je seul” au cas où d’autres victimes se seraient manifestées.
Cette association organise par ailleurs des réunions. Notre solidarité est notre plus grande force face à ces porcs et à ceux qui ferment leurs yeux, leur bouche, leurs oreilles pour rester bien tranquille dans leur petite vie.

De tout coeur avec Vous.

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