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LA VOISINE DIGITALE.

J’ai subi un attouchement très furtif et violent, dans le cadre d’une baignade ou j’étais seule avec une autre petite fille qui était ma voisine au Maroc, elle et moi nous avions environ 8 ou 9 ans ça n’a duré que 2 ou 3 secondes, comme un coup de couteau.

Oui j’ai eu l’impression d’avoir été pénétrée par un petit couteau. Et comme je ne m’y attendais pas, ç’était d’autant plus troublant. J’étais sidérée évidemment par ce geste totalement surprenant de la part d’une fillette.

Je ne m’en suis plainte à personne, évidemment. J’ai effacé ce moment, je l’ai éteint très vite, comme s’il n’avait pas eu lieu. Comme si ça ne m’avait pas fait mal. Comme si une petite blessure à cet endroit c’était pareil qu’ailleurs. Comme quelqu’un qui te pince méchamment, après tout, la méchanceté on sait déjà ce que c’est à cet âge-là. Et ce genre de douleur passe très vite.

Comme si la violence était devenue acceptable. Refoulable. On pratiquait ça depuis longtemps refouler la violence, la supporter, l’encaisser. Alors que nous n’étions que des petites filles, mais on avait affaire à ça. Il fallait bien développer des stratégies d’encaissement.

Elle était partout de toute façon, à tous les coins de rue. Dans la misère. Dans les hommes qui hurlaient dans la rue, ou ceux qui maugréaient des insultes au passage de ta mère t’emmenant quelque part. Et puis même visuellement, la violence bien crue sur les plaies des estropiés ou de jeunes infirmes que leur famille faisait mendier en guenilles, entourés seulement de mouches et scandant des mélodies de chibanis sur un trottoir poussiéreux où des gens vendaient des babioles. Elle était là, elle est partout cette violence. Sur les ânes que des éboueurs en charrettes battaient à coups de ronces. Tous les jours il fallait renoncer à lutter, en fait. Pour les animaux en cages couverts de puces ou d’autres plaies sur les marchés. Pour les chiots qu’on laissait crever dans la rue après que des gamins se soient acharnés sur eux.

A propos de cette pénétration digitale, je n’ai pas su me dire quoique ce soit à part que c’était comme une sorte de griffure, qu’elle m’ a fait pour exprimer quelque chose qui ne lui a pas plu. J’avais déjà vécu ça, et finalement, ça allait avec le reste, ce monde, c’était cohérent.

C’était une punition, un jugement et je ne pouvais rien dire ni même en faire le reproche à celle qui m’avait fait ça, je n’avais pas les mots…. Je suis devenue une râleuse à garder les choses pour moi, je retiens beaucoup de colère, je n’ai jamais vraiment su à cet âge, qui pouvait m’écouter, qui pouvait m’entendre, avec qui je pouvais parler, à qui j’aurai pu ou du me plaindre? Où étaient mes repères et tenaient-ils debout? En y regardant de plus près, aucune idée.

Et franchement : je ne pouvais vraiment être comprise et écoutée ( donc respectée) ni par mon père qui ne se chargeait même pas de notre éducation, ni par ma mère qui s’en chargeait plutôt à l’arrache et qui préférait lire des Stephen King tranquillou dans son coin ( années 80 oblige) Elle même un jour m’avait soulevée de terre d’ un gros coup de pied très mal positionné entre les cuisses, ultra violent, parce qu’elle était dans un état de colère dont je ne m’étais pas rendue compte…Et c’est moi qui lui cherche des excuses aujourd’hui?.. décidément. Et à qui j’allais bien pouvoir parler? A qui j’pouvais faire confiance en tant que petite fille ? Qui était cette fameuse figure d’attachement qui m’ a manquée et dont je n’ai pas vraiment ressenti les radieux bienfaits? Je suis bien perdue aujourdhui, c’est pas à cause d’une griffure dans le vagin ( ceci est un symptome) c’est à cause de cette absence d’adultes sincèrement disponibles, de toutes ces absences. Un manque affectif mondialisé.

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