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j’avais 19 ans

J’avais 19 ans. Plus de 30 ans après, je n’en ai toujours pas fini d’essayer de me débrouiller avec mon passé. C’étaient les vacances, l’été. Je rejoignais mon copain dans un camping, au bord de la Méditerranée. J’avais pris le train. Il me restait quelques kilomètres à parcourir. J’ai décidé de faire du stop. Une voiture s’arrête. Je monte. Il a 30 ans, peut-être 35. Ses cheveux et ses yeux sont clairs, il est mince. Rapidement, il quitte la route et s’engage dans un petit chemin de campagne, entre les vignes. Je ne comprends pas où on va, mais je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas. Et, déjà, j’ai peur. Je me dis que ça vient de basculer, je me rappelle des faits divers et des histoires de viols, j”ai peur. Je me dis que ça m’arrive à moi et j’ai peur. Il arrête la voiture et il se met à me raconter, qu’à cet endroit exactement, il a défoncé le crâne d’une fille à coups de pierre. Je me dis que, si j’ouvre la portière et que j’essaye de m’enfuir, il va me rattraper et il va me tuer, moi aussi. Puis il se penche vers moi, met ses mains autour de mon cou et m’étrangle. Il m’étrangle longtemps. Je me dis que c’est aujourd’hui que je meurs. Je repense à ma vie. Je me dis, c’est fini. Je suis très amoureuse depuis quatre mois et très heureuse. Je me dis : heureusement que je ne suis pas morte il y a six mois, sinon je n’aurais jamais connu l’amour. Il continue de m’étrangler. Je pense juste : je vais mourir. Je ne fais aucun geste, ne dis aucune parole pour l’arrêter. Je ne ressens plus que la terreur. La terreur, du bout de mes orteils à la racine de mes cheveux. La terreur me remplit entièrement. Plus un seul centimètre cube libre en moi pour ressentir ou penser autre chose. Il s’arrête. Il me dit de lui faire une fellation. Je ne me rappelle plus quels mots exactement il emploie pour le demander. Il a sorti son sexe. Il n’a et n’aura pas d’érection et son sexe est très petit. Je fais ce qu’il a demandé. Je ne me rappelle pas en train de le faire. Je sais que je ne ressens aucun dégoût. Je ne ressens que la terreur, toujours la terreur, rien que la terreur. Puis, je ne sais comment, ça s’arrête. Je suppose qu’il a repris le volant, a conduit sur le chemin en sens inverse et m’a déposée sur le bord de la route. Pour lui, c’était terminé.
J’ai marché jusqu’au camping et j’ai tout raconté à mon copain. Il a essayé de me consoler. Ni lui ni moi n’avons mesuré le gravité de ce qui venait de m’arriver. Notre vie a repris son cours. Je n’ai pas voulu porter plainte car c’était arrivé près de chez mes parents et je craignais qu’ils l’apprennent. Je ne me sentais pas coupable mais j’étais très pudique et l’idée que mes parents apprennent des choses aussi intimes qui touchaient à ma sexualité me gênait beaucoup.
Cela ne m’a pas empêchée d’être heureuse, dans ma vie, dans mes amours et dans ma sexualité. Mais , depuis 31 ans, j’y pense presque tous les jours.
À 20 ans, j’ai commencé à faire des terreurs nocturnes. Je n’ai fait le lien que très longtemps après. Aujourd’hui encore, je fais beaucoup de cauchemars.
À 35 ans, j’ai fait une psychanalyse qui m’a aidée à régler d’autres problèmes mais pas celui-là.
Pendant 28 ans, j’ai raconté mon viol à plusieurs amies et je l’ai souvent ressassé pour moi seule. Toujours de façon un peu détachée. Je ne ressentais même pas de ressentiment envers mon agresseur. Quand j’y repensais, je ne ressentais que le souvenir de la terreur et souvent je ressentais même à nouveau cette terreur en moi. Un jour, j’ai même pensé : c’est horrible et inévitable, puisque ça m’est arrivé une fois, ça va sûrement m’arriver une autre fois.
Et puis, il y a 3 ans, un choc émotionnel ouvre les portes. Ce jour-là, je suis très heureuse et très fatiguée. Comme souvent, je repense à mon viol. Et là, je me mets soudain à pleurer sans m’arrêter. Je sanglote violemment pendant une heure. Je sens que la terreur sort enfin de moi, par la gorge, par la poitrine. C’est une sensation physique très forte. Elle me soulage énormément. Et puis, au bout d’une heure, je sens que d’autres émotions montent enfin du fond de moi : le sentiment qu’il n’avait pas le droit de me faire ça et l’envie d’être consolée. Qui peut consoler ? Une mère, bien sûr. Mais, non, je ne veux surtout pas faire de la peine à ma mère. Rien qu’à y penser, je me remets à pleurer. Et comment lui demander une chose aussi difficile, me consoler 28 ans après. Alors, je consulte une psychologue, je fais des séances d’hypnose avec elle, j’apprends ainsi à me consoler moi-même et, en quelques mois, je parviens enfin à apaiser ma tristesse.
Aujourd’hui, j’ai 50 ans et je vais bien. Mais je n’ai toujours pas réussi à le dire à mes parents, ni à ma sœur, ni à mon fils, ni à ma fille. J’ai toujours peur de faire de la peine à ma famille, de perturber mes enfants. J’ai aussi peur de leurs réactions, peur qu’ils me disent quelque chose qui pourrait me blesser. J’espère le dire bientôt à l’homme que j’aime mais j’ai peur qu’il ne me voie différemment. Si parler entraîne ces souffrances alors ce serait pour moi la double peine.
Mon viol appartient à mon histoire et je ne sais pas comment aurait été ma vie sans ça. Je commence à l’imaginer et j’arrive parfois à ressentir un début de colère. Mon viol m’a fait devenir quelque chose que je ne veux pas être : une victime, une petite chose fragile à protéger, quelque chose d’un peu détraqué. Je ne suis pas que ça, mais le souvenir de mon viol me ramène chaque fois cette image de moi. Tout mon parcours vise justement à devenir libre, forte et ouverte. J’y arrive mais il y a des failles.
Je suis profondément révoltée par les violences faites aux femmes et je suis féministe depuis mon adolescence et je le suis de plus en plus. Néanmoins je n’ai pas envie de “balancer mon porc”. Cet homme était un criminel mais ce n’était pas un animal, c’était bien un homme, et, qui plus est, un homme vivant dans une société. Notre société ne peut pas se contenter de dénoncer les criminels. Ces criminels sont bien coupables et doivent être condamnés par la Justice. Mais les animaliser et les exclure me semble un exutoire simpliste et trompeur. Pire, cela exonère notre société de se regarder en face. Si les violences faites aux femmes sont si massives et si impunies, c’est bien parce que notre culture ferme les yeux sur ces violences et même produit les conditions qui les font naître. Nos institutions doivent changer. Nous devons aussi tous, hommes et femmes, changer nos représentations des hommes, des femmes, des genres et de la sexualité. Nous devons en finir avec la culture du viol, dans la société comme dans nos têtes. Ce jour-là, quand je suis entrée à pied dans le camping, j’ai croisé un vacancier qui prenait tranquillement l’air devant le bureau de l’accueil. Il a regardé mon short et il m’a nonchalamment lancé un mot, un seul : “Pute !”

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