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Il a versé du GHB dans mon verre et a fait de moi son pantin

Il a versé du GHB dans mon verre et a fait de moi son pantin

J’avais 19 ans. À peine rentrée à la fac, que je regardais le monde avec des yeux remplis d’attrait pour la nouveauté.

Une soirée chez un ami plus tard, tout avait changé.

Il avait 5 ans de plus que moi et était le frère de ma meilleure amie de l’époque. On s’est retrouvés à 5 chez lui pour fêter un anniversaire. Seuls lui et moi vivions dans la même ville, à Toulouse.

Je me rappelle chaque coin de son appartement, et ai une image parfois très précise et parfois floue du repas d’anniversaire que l’on a passé. Tout s’est plutôt bien passé et les 3 autres personnes devaient repartir le lendemain matin très tôt. À moment donné, elles sont rentrées à leur hôtel. Je me suis donc retrouvée seule avec lui.

On a parlé, beaucoup ri et bu. Il disait vouloir me faire découvrir un nouveau goût d’alcool, une recette faite maison avec du gingembre. Je ne me suis pas méfiée, qu’est-ce qu’il pouvait m’arriver, c’était le frère de ma meilleure amie, une personne de confiance. Sauf que ce n’était pas elle devant moi, c’était lui. J’ai ressenti beaucoup de culpabilité de ne pas m’être méfiée.

Je me souviens du goût de jus de fruit dans mon cocktail, des sensations d’être dépassée, du buzz de l’alcool. Et puis trou noir. Je crois bien que c’est la douleur, l’effet de la drogue qu’il avait mis dans mon verre à mon insu qui se dissipait, ou alors c’est mon corps qui s’est souvenu avant ma conscience de choses vécues auparavant. Quoiqu’il en soit, je me suis réveillée très brutalement : on était nus et il était en train de me violer.

J’ai paniqué et ai cru que j’allais mourir, mais je n’ai rien montré parce que son regard noir, aussi brutal que les gestes qu’il me faisait subir, m’a tétanisé. Pour lui, c’était tout à fait normal comme attitude. Ses mots manipulateurs et destructeurs, à coups de “je savais que je te plaisais !”, de “tu aimes quand je te fais l’amour, tu aimes ça, je le vois !” et de “toi, t’es une sacrée cochonne en fait !”, me donnaient juste envie de vomir et de le cogner aussi fort que je pouvais. Mais je me suis souvenue de ma force physique et psychologique du moment, des siennes et je savais que si je criais ou le frappais ou rétorquais, il s’en prendrait à moi encore plus. Je ne voulais pas mourir, je voulais juste partir de là.

Partir, c’est ce que j’ai fait deux heures après, en pleine nuit. Je me suis sentie sale et tout ce que je voulais, c’était rentrer chez moi, en sécurité. Je m’en suis voulue pendant longtemps de ne pas être allée chez les flics ou dans un hôpital, chercher de l’aide, le dénoncer, montrer mes preuves. Tout ce que je voulais, et tout ce que je pouvais mentalement faire à ce moment là, c’était rentrer chez moi, à 30 minutes de marche de cet endroit.
Cette culpabilité revient parfois, par moments. Mais je me dis que j’ai fait ce que j’ai pu avec ce qu’il me restait de moi à ce moment là, de mon amour-propre, de forces, de larmes, de pas. Souvent, on dit aux victimes/survivantes de viols ou d’abus sexuels de dénoncer, d’aller devant la justice, de témoigner. On oublie aisément que c’est aussi une violence tout ça. Et qu’il faut se sentir soi-même armée, pour le faire. Que c’est ok de prendre le temps, que c’est ok de décider si oui ou non c’est bien pour nous. Si on sent que l’on en a besoin pour se reconstruire alors oui, il faut le faire. Si on sent que l’on a besoin d’autres chose, que parler devant la justice n’est pas nécessaire, alors il faut faire cette autre chose. Rien n’est linéaire dans un parcours de reconstruction, et surtout pas la manière de nos choix.

Je me suis sentie sale et comme une pute. Pas seulement une prostituée, non, une pute, à déambuler dans les rues glaciales et un ciel noir. Et tous les regards qui me croisaient des gens pressés pour arriver à la gare au plus tôt au matin ou bien de ceux qui finissaient leur after party me le prouvaient, ils me dévisageaient et la seule sensation que j’avais c’était d’être une pute comme enfermée dans une cage aux regards des autres.
J’ai mis deux ans avant que cette culpabilité sans aille petit à petit. J’ai aussi mis deux ans à comprendre avec bienveillance et respect le travail que font ses femmes prostituées, leurs états d’âmes, leur besoin de parler et d’être conseillées, entendues, écoutées quand j’ai travaillé dans une association pour et avec elles.

Je n’ai pas réussi à m’écrouler de sommeil, mais j’ai eu bien le temps de psychoter sur le chemin me menant chez moi et je pensais aux maladies qu’il avait pu me passer et au fait de possiblement être enceinte. J’ai paniqué. Je ne connaissais aucun planning familial dans cette nouvelle ville, ni personne à qui me confier. Tout était trop nouveau et mon esprit a shut down. Je suis donc retournée à ce que je connaissais déjà, qui pouvait me rassurer : le planning familial de ma précédente ville.
Je voulais prendre la pilule du lendemain et avoir un avis médical. Je ne voulais pas que des personnes me posent des questions, je me sentais toujours sale et coupable, toujours mal. Alors quand je suis retournée dans ce planning familial que je connaissais, j’ai menti. J’ai dit que la capote de mon copain s’était percée et que pour être sûre de ne pas tomber enceinte, je souhaitais la pilule du lendemain et un avis médical.
Cette ville peut sembler si petite parfois et il se trouve que ma mère était une figure respectée dedans par tous les acteurs sociaux et médicaux. Elle connaissait tout le monde et tout le monde la respectait. Je ne me suis pas méfiée, mais je me le suis pris en pleine tête dans ce planning familial, comme un boomerang, où je pensais trouver du réconfort. La nana qui s’est occupée de moi m’a reconnu et voulait absolument appeler ma mère pour lui raconter, je voulais qu’on me laisse tranquille. Après de nombreuses négociations, elle a fini par me donner la pilule du lendemain et je suis partie, partie aussi m’adresser à Toulouse, chez moi, dans un centre médical pour tout le reste. Heureusement pour moi, il ne m’avait refilé aucune maladie.

Je n’avais de répit nulle part. Alors j’ai appelé ma meilleure amie. Il fallait que je la voie, que je lui écrive, que je lui parle. Mais elle non plus n’a rien compris. Je ne sais pas si elle m’a cru ou non. Si c’était trop dur d’entendre parce que c’était trop proche d’elle, quelqu’un qu’elle pensait connaître, mais toujours est-il que cela nous a éloigné petit à petit elle et moi. J’avais besoin d’être cru, entendue, écoutée, et soutenue. Pas remise en question ni dans mes propos, ni dans mon ressenti.

Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour toutes ces femmes qui sont victimes, pour vous, pour toi qui lis ces lignes. Pour vous dire l’importance de vous écouter. Si vous sentez que quelque chose ne tourne pas rond, que vous vous sentez vaciller ou que c’est votre instinct qui vous fait ressentir des choses, c’est que c’est réel, quoi que vous ressentiez est réel et que vous avez le droit de stopper.
Certains signaux peuvent alerter et ne pas les avoir vu à temps est tout à fait ok. Parce qu’à la base de toute manière, ce n’était pas à nous de faire gaffe, mais aux autres de ne pas le faire.

Cela ne veut pas dire qu’il faut se méfier de tout ni de tout le monde. Non. Mais juste ne pas hésiter à dire que l’on souhaite boire des boissons que l’on connaît, ne rien boire, garder son verre du début à la fin ou même partir de la situation. N’hésitez pas non plus, à trouver de l’écoute ailleurs que là où vous avez l’habitude d’en avoir.

Ce n’est pas de votre faute si une situation arrive. Ce n’est jamais de notre faute, à nous victimes de viols, d’abus sexuels, d’attouchements ou de violences, survivantes. C’est la leur, à eux, à ceux qui abusent, à ceux qui violent, qui frappent, qui diminish, qui nous font croire que l’on a tout inventé, qui nous poussent au silence, qui nous sapent psychologiquement, à ceux qui stand by, ceux qui acceptent ou qui ne disent rien. Ce n’est jamais de notre faute.

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psionic
8 mois plus tôt

Chère anonyme, vous avez parfaitement raison et nous approuvons totalement votre propos. Le prédateur qui vous a violé a utilisé du GHB ou plus probablement du GBL un substitut aux effet similaires:

https://www.drogues-info-service.fr/Tout-savoir-sur-les-drogues/Le-dico-des-drogues/GHB

L’effet amnésiant est recherché car c’est cela qui cause le trou noir qui permet au violeur d’accomplir son abomination. Ces produits sont incolores et inodores et, alliés à l’alcool, produisent cet effet anesthésiant qui est utilisé par les prédateurs. Le nombre de cas dans le site est impressionnant. De plus, j’ai pu discuter avec des jeunes femmes qui soient ne prennent plus rien dans les soirées, jamais d’alcool en tous cas et surtout amènent leur propre boisson dans un récipient qu’elles ne quittent pas afin d’éviter tout ajout d’un produit de violeur.

Dans tous les cas la prise d’alcool facilite les desseins des prédateurs, d’autant plus que la résistance du métabolisme féminin est moindre. L’abus sous toutes ses formes, grandes quantités, mélanges, préparations et jeux à boire facilitera toujours les intentions malveillantes des prédateurs.

Vous avez subi toutes les phases traumatiques bien connues du viol, sidération, culpabilité, dissimulation, sentiment d’être perçue comme une pute. Vous avez du dissimuler la réalité pour faire prendre les mesures élémentaires dans le silence et la douleur, avec le risque que cela soit révélé à votre entourage.

Vous avez parfaitement raison quand vous affirmez que porter plainte est une violence d’autant plus forte qu’on n’y est pas du tout préparée au moment immédiat où il faut le faire, du moins dans la plupart des cas, puisqu’on est tout simplement dévastée.

Je ne m’attarderai pas sur les mécanismes de la douleur psychique du viol car vous le connaissez sans doute de manière très approfondie pour avoir par la suite auprès de prostituées qui en subissent les pires manifestations avec des cas decorporalisation, voire de dédoublement de personnalité extrêmes.

Il est très difficile dans la plupart des cas de se détacher de la culpabilité induite par cette douleur psychique, où l’on tente de reconstituer les enchaînements d’évènements où l’on aurait dû agir afin d’éviter l’abomination. C’est inutile car le mal est fait, cela peut l’être s’il y a dépôt de plainte et enquête, mais on se heurte à des écueils qui font parfois regretter amèrement de porter plainte: c’est sur cela que jouent les violeurs.

C’est la raison qu’il faut le plus souvent s’entourer d’un solide réseau de soutiens personnels et associatifs.

Nous sommes totalement d’accord avec votre point de vue.

Cependant dans votre cas, il existe peut-être encore une lueur d’espoir pour faire inculper cette ordure.

Je vous conseille de contacter l’association PARLER de Sandrine Rousseau qui pourra vous aider à retrouver d’autres victimes éventuelles de votre violeur.

https://www.associationparler.com/

vous pouvez aussi déposer une requête de recherche contre votre violeur sur le site coabuse.fr:

http://www.coabuse.fr/

il suffit de remplir le formulaire.

Je pense que ce n’est pas très utile dans votre cas mais je vous indique tout de même ceci :
https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/
section j’ai besoin d’aide: Suis je concernee et Les numeros d’urgence
numéro associé = 3919

trouver de l’aide près de chez vous:
https://stop-violences-femmes.gouv.fr/-les-associations-pres-de-chez-vous-.html?dep=06

En région parisienne: une carte pour vous aider et vous orienter:

https://orientationviolences.hubertine.fr/

Enfin, je pense que vous devez également être suivie depuis mais là encore je vous fais part de ces liens:

Sites médicopsychologiques:
** site de l’institut de la victimologie vous avez un annuaire des associations de lutte contre le harcèlement dont l’adresse des centres régionaux:
http://www.institutdevictimologie.fr

** site de Muriel Salmona: mémoire traumatique ; voir son article mémoire traumatique en pdf sur le site
https://www.memoiretraumatique.org/

** indiqué par Céline9: un site très intéressant d’ailleurs
https://www.cyrinne.com/

** psy coach: un espace consacré au harcèlement
https://www.psy-coach.fr/

** soutien-psy en ligne
https://www.soutien-psy-en-ligne.fr/

Affection, courage et soutien.

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