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Il a brisé mon corps mais n’a pas atteint mon cœur

Il est 1h24.
Encore une nuit où je ne dors pas. J’essaie, mais je vois son visage, j’entends ses mots, je revoie des images. J’ai mis du temps à me décider, mais il est temps que je me libère de ce poids ; je veux libérer la parole sur ce traumatisme que je tente de dissimuler depuis le début.
En mai 2018, je me suis mise en couple avec un garçon, j’avais 16 ans ; lui aussi. A ce moment là, j’étais en grosse dépression, j’étais suivie par une psychologue et un psychiatre car je ressentais un profond mal être. Mes parents ont divorcés, une amie qui m’était chère s’est suicidée et beaucoup d’éléments ont fait que je perdais goût à la vie. J’avais des idées noires et je me mutilais. J’étais à ce moment là une fille très discrète, presque transparente. Je parlais peu, je n’osais pas rire trop fort , je ne me sentais pas comprise, pas vraiment légitime d’être aimée. Je n’avais pas du tout confiance en moi. Ce n’était pas la première fois qu’un garçon s’intéressait à moi, et pourtant c’était différent des autres fois.
J’avais besoin qu’on me sauve, et je l’ai pris pour mon sauveur. Je ne le connaissais pas plus que ça mais j’étais comme aveuglée. Je lui ai fait confiance, comme s’il était mon dernier espoir pour sortir de mon mal être.
Je suis restée 8 mois avec lui. C’est peu, mais ça été suffisant pour que j’en garde une séquelle. Je me suis accrochée à lui de toutes mes forces. J’ai été toxique pour lui comme il l’a été pour moi. J’ai tenté d’aimer à nouveau la vie à travers lui.
Au début je pensais aller mieux, comme s’il avait tout réglé, comme si c’était une bulle protectrice. Mais très vite ma dépression est devenue une excuse pour me manipuler. Je n’ai rien vu durant ces 8 mois. Ce n’est qu’après, quand les images sont revenues, les mots, les actes, que j’ai réalisé à quel point j’avais été aveugle.
Il a très vite commencé à aborder le sujet de la sexualité et à vouloir qu’on fasse notre première fois. Je n’étais pas prête et c’est quelque chose qui me terrorisait. Quand il abordait le sujet, j’essayais de faire diversion, de remettre la discussion à plus tard. Mais ce genre de discussion a commencé à devenir de plus en plus récurrente, de plus en plus insistante. Il me reprochait de ne pas être normale. Me disait que tous ses potes l’avaient fait et que c’était dans la logique des choses. Il me disait que si je m’obligeai ça m’aiderai à ne plus avoir peur. Il me disait que ma dépression était la raison de toutes les disputes.
J’étais très vulnérable à l’époque, alors j’ai fini par céder quelques petites choses pour apaiser les tensions. Mais à partir du moment où l’on dit oui une fois, la machine est lancée ; et ça, je ne le savais pas. Ça commence par des petites choses comme m’épiler les parties intimes car il “préfère”, le laisser me toucher dans le bus de temps en temps. Et puis ça prend de l’ampleur, comme s’il en voulait toujours plus. Le pelotage dans le bus devient journalier et il commence à me demander des photos intimes pour compenser mon refus d’aller plus loin. Je le laisse me mettre des doigts plusieurs fois. Je commence à vraiment refuser certaines choses mais je sens vite que je suis prise au piège et j’ai l’impression que sans lui je ne suis rien. Alors je cède presque à chaque fois, après des tentatives de refus. Il me force à le toucher, à le masturber ; dans une rue la nuit, dans une voiture au milieu des gens. C’était comme si je lui était redevable de m’aimer. J’avais la conviction que je lui devais tout, comme si le fait qu’il “m’aime” était un énorme sacrifice, tant à mes yeux je n’en valais pas la peine. Il me demandait des photos de plus en plus souvent, il m’a même envoyé une vidéo intime sans mon consentement. Tous ces actes sont graves mais à l’époque je ne réalisais pas. Ce n’est que lorsque les choses sont allées plus loin que j’ai pris conscience que quelque chose n’était pas normale.
Un soir, on s’est retrouvé au parc. J’y allais en sachant très bien ce pourquoi il m’y rejoignait. Je n’étais pas consentante, tout ce que je voulais c’était qu’il me fiche la paix, qu’il arrête de me demander sans arrêt d’aller plus loin. Je voulais lui donner ce qu’il attendait, j’étais fatiguée de toujours refuser, exquiver, repousser. Ce soir là, il s’y est pris comme un manche “heureusement” pour moi. Il s’est alors contenté de me mettre des doigts à nouveau. Mais cette fois ci, les choses ont été extrêmement violente. Il m’a demandé de me mettre à 4 pattes. Il a mis je ne sais combien de doigts, j’avais l’impression que c’était sa main entière. Les images me hantent encore tellement la scène était violente. J’étais comme absente ce soir là. Je le laissais faire, je disais oui, je souriais. Je n’avais juste plus la force d’aller à l’encontre de ce qu’il voulait. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai détaché mon pantalon qui était complètement taché de sang. Ce soir là, dans ce parc, dans le froid, dans le noir, avec une extrême violence, sans amour, juste par besoin, comme un animal ; il m’a dépucelé.
J’ai réussi à le quitter quelques semaines après. Il m’a harcelé de messages, d’appels, de supplications et de menaces pendant une semaine. Et puis en février 2019 j’ai retrouvé ma liberté. En mars 2019, j’ai passé une semaine dans un hôpital psychiatrique.
Depuis j’ai fait un bon bout de chemin. J’ai pris confiance en moi, j’ai appris à me connaître, à m’aimer. J’ai pris conscience de ma valeur. Aujourd’hui j’ai 19ans, je suis heureuse, épanouie et cette épreuve a été comme le déclic qui m’a poussé à aller de l’avant. Cette rage contre lui m’a motivé à ne pas abandonner, à me battre pour reprendre goût à la vie.
Même s’il y a quand même une séquelle qui reste très présente et qui m’empêche de vivre complément épanouie. Je ne supporte plus qu’on me touche, j’ai peur quand je suis toute seule chez moi ou dans la rue, j’ai envie de vomir quand le sujet de la sexualité est abordé, je ne peux pas prononcer de mots sexuels, j’ai comme un blocage.
Je fais des insomnies extrêmement souvent mais malgré tout j’avance. Je suis fière de moi. J’aime cette personne hypersensible, emphatique et idéaliste que je suis. Je suis énormément touchée par tout ce que les femmes subissent dans ce monde et chaque témoignage me donne la rage de faire bouger les choses. Ce monde est en déclin mais je suis persuadée que le respect et l’amour sont des valeurs encore partagées par beaucoup d’êtres humains. Je crois en nous.
Il est 2h16.
J’ai pour la première fois réussi à raconter, à témoigner, à expliquer. Un pas de plus. La route est encore longue, certe. Mais je crois que cette envie de vivre indestructible et l’amour qui m’entoure me pousseront toujours à continuer, à rire et à réaliser mes rêves.
Il a brisé mon corps mais n’a pas atteint mon coeur.

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