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Bouteille à la mer…

Je ne sais pas comment commencer ce courrier, ni même si cette démarche me sera utile…mais je sens que je dois le faire, pour moi. Je ne sais pas si ce que je vais déposer ici aura des conséquences. Je veux simplement que tu saches. Que tu saches et que tu gardes ça en toi.
Un jour, il y’a longtemps, tu m’as touché. Tu as joué avec mon corps, et tu ne t’es plus arrêté. Ça a duré des années. Longtemps, j’ai gardé ça au fond de moi en me persuadant que ce n’était pas si grave. Juste un jeu pour que tu puisses découvrir la sexualité. J’étais au mauvais endroit au mauvais moment et c’était pas la peine d’en faire toute une histoire. Je me mentais à moi-même. Ce que tu m’as fais n’est pas un jeu: tu tordais ma bouche de petite fille vierge et innocente avec tes mains pour me forcer à t’embrasser, tu mettais tes mains dans ma culotte et tu fourrais tes doigts dans mon sexe. Tu touchais tout mon corps. Mes seins encore tout plats, même pas formés. Tu touchais tout sans chercher à savoir ce que je pouvais ressentir. Tu ne parlais pas d’ailleurs, j’étais un objet.

Depuis que tu as posé tes mains sur moi et en moi. Depuis que tu as touché ma bouche , mes seins et mon sexe, je ne supporte pas mon corps. Il me dégoûte. Je suis sale depuis ce jour où tu as osé l’interdit, l’inacceptable. Je suis sale de porter sur moi les traces de ce que tu as fait. J’ai passé des années entières à vouloir me faire du mal. J’ai mutilé mon corps car je le détestais. J’ai arrêté de manger et je l’ai rendu squelettique. J’ai eu des problèmes d’addiction, notamment avec l’alcool car je voulais que ma tête arrête d’y penser. Je voulais noyer mes neurones. Ça m’a valu quelques séjours à l’hôpital. J’ai essayé de mourir une fois. Puisque j’avais le choix entre vivre prisonnière de ce corps ou mourir libérée. J’ai caché mon corps sous des vêtements trop grands et j’ai mis du temps à retrouvé le chemin de ma féminité. Aujourd’hui encore j’ai peur. J’ose à peine porter des robes et des jupes. Quand je marche dans la rue et que je croise un homme j’ai peur qu’il me touche. J’ai honte aussi. Honte d’être habillée comme ça. Honte de me montrer féminine car depuis ce que tu m’as fait, je vois les hommes comme des prédateurs sexuels et les femmes comme des proies. Depuis que tu m’as touché, j’ai peur des hommes.

Je n’arrive pas à faire l’amour à l’homme que j’aime. Je ne supporte pas qu’il me touche. Dans ma tête, le sexe, les caresses, le désir c’est sale, c’est monstrueux, c’est effrayant. J’ai peur de faire l’amour avec haine et j’ai peur de l’aimer pendant qu’il me touche.

Depuis que tu m’as touché , je n’ai aucune confiance en moi. Et toute mon estime est à construire. Je n’ai confiance en personne d’ailleurs. J’ai peur des autres. J’analyse tout et suis en hyper vigilance tout le temps, prête à dégainer à la moindre remarque, au moindre geste. Je ressens de l’insécurité en permanence. Vivre en société est quelque chose de douloureux. Je dois tout réapprendre.

Je suis en thérapie et j’essaie de reprendre ma vie en main. Je n’attends rien de cette lettre. Je voulais juste que tu saches ce que cela peut faire à l’autre d’être violée dans son corps et dans son cœur. D’être trahi si violemment. Si jamais l’envie devait te reprendre, j’espère que tu penseras à cette lettre et que tu ne recommenceras jamais.

Le sexe me dégoûte, les hommes me dégoûtent, mon corps me dégoûte, la vie me dégoûte. Voilà ce que je traîne tous les jours avec moi depuis ce que tu m’as fait. Et je me bats. Je me bats pour la réconciliation…car tu n’as pas simplement mis tes mains sur mon corps, tes doigts dans mon sexe et ta bouche sur mes lèvres…tu as mis la haine dans mon cœur.

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psionic
8 jours plus tôt

Chère anonyme, vous décrivez la pire abomination qui soit donnée à vivre à une enfant avec une précision et une vigueur remarquables. Ce que vous écrivez c’est bien le ravage de votre humanité par la monstruosité de l’abomination que vous avez subie: inutile d’y revenir, tous troubles connus se retrouvent dans votre description. Il reste bien sûr la douleur de vivre votre condition humaine avec un tel ravage en votre personne: les énormes difficultés, la crainte, les efforts inouïs, l’incompréhension, voire le rejet de autres personnes.
Je vous suggère de prendre contact avec l’AIVI, dont vous trouverez aisément le site sur l’internet et surtout dans notre forum à la section “trouver de l’aide”: nous avons mis des listes complètes de liens et de conseils pour les victimes de toutes les formes de violences, maltraitances et abus.
La bouteille que vous avez lancée à la mer n’est pas perdue car nous sommes là pour vous aider et vous lire avec bienveillance pour vous conseiller dans votre chemin de guérison et peut-être de justice.
De tout coeur avec vous.
Affection, courage et soutien.

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