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Amnésie Traumatique

Je n’ai que 18 ans, et quand je lis les autres témoignages, je ne peux m’empêcher de penser que vos histoires sont plus grave que la mienne, et que je suis bien trop jeune pour partager mon expérience. Mais chaque victime compte si l’on souhaite changer les choses, et je le sais maintenant, je suis une victime. Alors peut être que mon témoignage aura un peu de valeur, bien qu’il soit flou et difficile à rédiger… De plus, évacuer ce que je vis, représente beaucoup pour moi, et pour la petite fille que j’ai été.

C’est dans une période assez triste de ma vie, que ma mémoire a décidé de revenir me hanter, je n’avais que 13 ans, et j’étais en pleine dépression. Ce fut d’abord comme un piège, un terrain dangereux dans lequel ma conscience refusait de s’engager, je ne peux que la comprendre aujourd’hui. Malheureusement pour moi, déjà dans un état lamentable, mon inconscient ne m’a pas laissé souffler. Il est revenu me frapper, jour après jour, nuit après nuit, avec des cauchemars terribles, reflétant ce qui s’est révélé être mon passé. Mes nuits étaient un enfer, toujours la même chose, en répétition dans ma tête, toujours le même réveil, en larmes et en sueur. C’était insoutenable, j’en avais peur de dormir. Pourtant, j’étais comme plongée dans une incompréhension totale, d’où ça sort ce bordel qui me pourrit la vie ? J’ai choisi d’ignorer tout ça, de pas creuser, de pas m’enfoncer un peu plus, « c’est bon Pauline, c’est qu’un mauvais rêve », ma conscience ne souhaitait vraiment pas ouvrir ses portes. Au fur et à mesure du temps, et des années, mes nuits se sont adoucies, malgré un sommeil très léger, une part de sombre restait en moi, mais je ne voulais pas mettre de lumière dessus. En moment de stress, ou de fatigue, le cauchemar revenait hanter mes nuits, en période d’examen, ce n’est pas très valorisant. Il était tout le temps-là, et même quand il s’éloignait de moi, je le voyais, il ne m’a jamais lâchée. J’ai tout imaginé, je suis schizophrène, j’ai trop regardé la télé, je suis devenue folle… Je n’ai jamais trouvé d’explication rationnelle.

De toute ma vie, du moins ce dont je me souviens, car visiblement ma mémoire n’est pas fiable, je n’ai jamais cru en moi, en ce que je faisais. Même petite, je me trouvais moche et dégoûtante, et plus je grandissais, plus la confiance en moi et en les autres devenait rare. J’ai toujours cru que ce sentiment était normal, que toutes les filles pensaient ça, mais en fait non, je le sais maintenant. Je n’ai jamais accepté qu’on m’aime, je devenais dépendante des autres, dès que je les sentais protecteurs. J’ai toujours cru que je n’en valais pas la peine, que les autres ne pouvaient pas m’aimer, que les compliments étaient des mensonges et que je n’étais pas capable d’avoir des sentiments. J’ai grandi comme ça, je me suis construite dans cette idée-là, et aujourd’hui j’ai 18 ans, ma vie va commencer et je découvre que mon passé n’est qu’un tissu de faux. Elles sont jolies les photos où je souris, telle une petite fille heureuse, personne ne la voit la détresse. Mais si, maintenant si. Je n’étais pas heureuse, j’étais hantée, détruite, salie à jamais.

Depuis 2 ans, la scarification est devenue ma meilleure amie, c’était ma façon de me punir et d’exprimer mon mal être intérieur, que ni moi, ni personne d’autre ne comprenait. Me taillader le corps me soulageait, me faire mal me soulageait, je n’avais pas de raison concrète de faire ça, enfin si, mais à l’époque je l’ignorais. Alors évidemment quand on est pourchassée par le malheur alors que la vie nous sourit enfin, c’est terrible, on culpabilise. Après une enfance difficile, la vie me tend la main et je suis incapable de la saisir. J’ai tout pour être heureuse, une famille, un foyer, des amis, un copain que j’aime, de bons résultats, mais je n’y crois pas, ce monde-là n’est qu’une illusion. Personne ne peut comprendre ce ressenti. Le mal être était incompréhensible mais il me détruisait à petit feu. Et je m’enfonçais, tout faire pour essayer d’être bien mais ne pas y parvenir, essayer de comprendre ce mal être étranger, gérer l’incompréhension des proches face à ma détresse. C’est tout ceci qui a fini de m’achever. Les scarifications deviennent incontrôlables, les angoisses prennent le dessus sur tout, la pression s’accumule : c’est la panique. Comment affronter tout ça du haut de mes 17 ans ? Je ne pouvais pas, c’était beaucoup trop dur. Je ne voyais plus qu’une seule issue, c’était que tout s’arrête, que je puisse souffler une bonne fois pour toutes, je ne pensais plus qu’à la mort, à la fin de mon enfer. Je voulais en finir avec cette vie insupportable. Je n’acceptais pas ma vie, de jour en jour, j’avais l’impression de devenir folle.

J’ai essayé de mettre fin à mes jours, ce qui m’a valu un séjour en hôpital psychiatrique, pendant un mois. Bizarrement le traitement ne faisait pas réellement effet, rien ne m’apaisait vraiment. La sensation de passer à côté de quelque chose d’énorme était là. Je suis finalement sortie de l’hôpital, en ayant réussi à parler de mon enfance difficile, de mes angoisses… Mon inconscient, voyant que la place était libre, a décidé de refaire surface. Comme si c’était le moment, cela dit, il n’y a pas de bon moment pour découvrir que l’on a été violée. La révélation s’est faite pendant un moment intime avec mon copain, c’était comme si il était en train de me violer, les flash ont défilé, la sensation et la douleur sont arrivées de nulle part, et l’après… La sensation de dégoût de soi plus forte que tout, la haine, la peur, mon corps ne pouvait plus réagir. J’étais définitivement effondrée. Tout est remonté alors que je pensais enfin pouvoir sortir de tout ça. Ma vie a explosé en morceaux.

Ayant peur de la vie, peur de moi-même, j’ai décidé de retourner à l’hôpital. Je n’étais pas capable de vivre, pas comme ça. Ma psy a décidé de mettre en place des séances de semi-hypnose afin de tout découvrir, de pouvoir enfin tourner la page. Ces séances étaient terriblement violentes, je revivais mon viol, je voyais la Pauline d’il y a 12 ans, incapable de se défendre, se faisant attaquer dans son intimité, salir. Cette petite fille en train de se faire violer, en larmes, en panique, elle frôle la mort je le sais, je le sens, je le revis. Une tornade se déclenche sous elle, sous moi. Les sensations de l’agression me submergent, la douleur, je tremble, je pleure, j’ai envie de crier, je ne peux pas, je n’y arrive pas. Je me vois enfant, je me vois souffrir, terriblement souffrir, je le sens aussi, je sens que c’est en moi, cette vision m’est insupportable, extrêmement destructrice. Les jours suivants ont été d’une douleur infinie, je ne me contrôlais plus, je pleurais, je m’isolais, je me scarifiais…

Les images défilaient en boucle, je ne trouve même pas les mots pour décrire la violence qui déferlait en moi. Et c’est encore le cas, cette peur de tout, ce mal être qui a désormais un nom : le viol, l’amnésie traumatique. Personne n’est préparé à affronter ça. Dans un petit moment de bonheur, ces images qui viennent me frapper, les tremblements, les spasmes, les peurs, les doutes, les larmes qui arrivent sans que je m’y attende, je me sens vulnérable, je ne fais plus confiance à personne. Dans mon corps et dans ma tête, c’est comme si c’était hier. Je suis anéantie. Toute ma vie prend un sens, je me suis construite en ayant comme base un viol. Je comprends ma force, ma maturité, mes réactions, ma douleur.

Et j’en veux à cette petite Pauline d’avoir éloigné tout ça pour survivre. En même temps j’ai mal pour elle, et elle c’est moi, et je m’en veux. Je m’en veux de ne pas m’être défendue, de ne pas avoir parlé, mais quand je ressens ce que c’était, je peux la comprendre, impossible pour elle de survivre après ça. Alors elle l’a enfoncé, très loin, pour avancer. Je ne sais pas encore qui est mon agresseur, je le saurais sûrement avec la suite du défilé d’images, mais j’ai envie d’être heureuse. Ce serait ma plus belle vengeance. Cette épreuve a détruit mon enfance et mon adolescence. Mais maintenant je sais, j’ai envie d’affronter tout ça, de le surmonter, pour cette petite Pauline que j’ai abandonné à l’époque, et pendant toutes ces années, où elle essayait de refaire surface. Je l’ai noyée, je l’ai étouffée pour ne pas sombrer. Mais elle a souffert, elle a tellement souffert, et cette douleur est la mienne, et maintenant je la ressens, ce n’est que 12 ans après que je vis ce que j’ai vécu. Et cette sensation, seules les victimes peuvent la comprendre.

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psionic
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psionic
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Chère Pauline, je lis sidéré ton témoignage si bien rédigé et au contenu absolument abominable. Tu ne dois pas en vouloir à Pauline petite: ton psychisme d’enfant ne pouvais pas assimiler une telle abomination, alors face à cette violence inouïe, et pour préserver la personne de la petite Pauline, ton psychisme a tout simplement enregistré le souvenir d’un bloc avec un condensé d’état émotionnel, c’est pourquoi c’est si violent maintenant que tu y as accès, car tu le revis vraiment comme tu l’écris fort bien ! Ton psychisme d’enfant ne pouvait pas le symboliser par le passage à l’inconscient, le rêve: comment symboliser l’incompréhensible abîme de douleur ? C’est impossible, pour te préserver de la folie il valait mieux l’enregistrer à l’état brut, avec condensé d’état émotionnel. Ne minimise point ton témoignage, il est absolument valide et une remarquable contribution. Je l’indiquerai désormais comme un témoignage exemplaire pour effleurer ce qu’est cette souffrance psychique, tout comme “violé en vacances” que j’ai parfois indiqué. Maintenant, il faut te préparer à ton chemin de guérison, c’est le plus difficile, le plus long, mais ton texte indique clairement que tu es prête à le parcourir, je te souhaite de réussir mais cela sera très difficile. Il faudra veiller à bien te faire suivre, pour ma part je préconise un psychiatre-psychanalyste, de préférence un pédo-psychiatre, qui sera apte à entendre les cris de la petite Pauline dans tes paroles, tes attitudes, tes regards. J’ai une liste de liens utiles dans ce sens, n’hésite pas à m’en faire la demande. Les autres aminchettes vont aussi réagir très prochainement. Je pense que la petite Pauline était toujours grave sur les clichés de son enfance. Courage et soutien.

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Anonyme
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Anonyme
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Je viens de lire d’Adelaide Bon (La petite fille sur la banquise). Elle raconte avec la même délicatesse que vous son amnésie traumatique. Je me doute que ces souvenirs qui refont surface ne sont pas faciles à vivre, mais c’est aussi le début d’une renaissance. Bon courage!
Anne

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Aguérie
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Aguérie
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Merci infiniment Pauline pour votre témoignage. Je pleure tant vos mots me touchent et vous souhaite pour la suite de votre vie le meilleur possible, la reconstruction et une belle vie heureuse à laquelle vous avez droit, entièrement droit, soyez en sûre. J’espère également que l’auteur de la tragédie ignoble qui a failli vous détruire soit bientôt découvert, que justice vous soit faite, que justice soit faite à toutes ses victimes, et qu’il ne puisse plus jamais faire l’ombre d’un geste de mal sur personne.

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Catoune
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Catoune
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Chère Pauline,

Ce qui me perturbe, c’est que vous n’avez que 18 ans ! Comment à cet âge là, êtes vous capable d’écrire et de décrire avec une telle justesse et une telle précision, ce que ressent et vit une victime de viol ?

J’en suis incapable et j’ai pourtant 51 ans! J’ai eu tant de mal à trouver mes propres mots pour parler de ma souffrance et pour vous, cela semble si facile, si évident!

Vous avez un potentiel d’écriture incroyable et extraordinaire ! Vous m’impressionnez car vous avez le don de toucher vos lecteurs et vos lectrices !

Ce qui me perturbe, c’est votre degré de souffrance et le recul que vous en avez, alors que vous êtes si jeune ! C’est très déstabilisant pour moi !

Souffrir autant, si jeune ! Et votre esprit si vif et si lucide ! Votre capacité à ressentir et à analyser correctement, dès votre plus jeune âge ! J’en ai mal pour vous!

Vous me rappelez moi, mais aussi, le tout premier témoignage que j’ai lu sur ce site il y a presque un an et auquel j’ai répondu! Lilou à cinq ans souffrait tellement qu’elle s’est pendue ! À CINQ ANS, SE PENDRE ! Heureusement, la corde s’est rompue!

Vous avez terriblement souffert et ça continue ! Attention au “vouloir savoir à tout prix”, il peut vous tuer ! Vous vous êtes déjà fait tellement de mal !

Vous me semblez avoir suffisamment de maturité et de recul pour absorber le choc qui va suivre, dès que le puzzle sera entièrement reconstitué ! Mais, vous êtes fragile, TROP FRAGILE ! Vous pouvez basculer !

J’ai peur pour vous ! De ce que vous allez VOUS FAIRE, lorsque la vérité vous sera dévoilée ! Vous êtes une extrémiste ! J’en suis une aussi ! Alors, je sais jusqu’où vous pouvez aller ! Vous vivez tout si intensément, si douloureusement !

Votre jeunesse m’inquiète pour une si lourde et si pesante vérité ! Et si j’ai vu juste, cette vérité va vous foudroyer !

Même entourée, vous vous sentez seule, tout comme moi et tant d’autres ! Vous serez donc seule face à cet enfer que peut être la connaissance de la vérité !

Soyez extrêmement prudente ! Vous risquez votre vie ! Je le sens ! Vous sentir forte n’est qu’une illusion ! Il y a des vérités qui sont des Tsunamis !

Faites très attention à vous ! Votre vie m’importe car vous êtes une personne rare, très rare, extrêmement rare ! Soyez consciente de vos limites et de ce qui vous est supportable !

Il vous faut vous entourer de personnes telles que vous, car c’est uniquement avec elles, que vous ne porterez plus votre masque ! Vous pourrez être vous-même!

Cessez de porter votre masque, car vos relations à autrui sont toutes faussées et cela vous isole trop du reste du monde !

J’ai porté mon masque pendant presque 30 ans ! On y meurt seule et à petit feu !

Ne commettez pas cette erreur !

Prenez soin de vous surtout ! Toute ma tendresse Anonyme !

Catoune

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Catoune
Invité
Catoune
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Pauline, un dernier point important :

Servez-vous de vos dons et de vos capacités pour venir en aide aux victimes, car cela vous sauvera !

Trouvez une cause pour laquelle vous avez envie d’œuvrer et aidez, là se trouve votre salut !

Vous pouvez nous rejoindre sur ce site pour aider les victimes, tout comme vous pouvez devenir bénévole dans une Association, trouvez une cause juste à défendre et vous irez mieux, je vous le garantis !

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psionic
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psionic
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Chère Catoune, Chère Pauline. Exactement, ce que tu dis est tout a fait exact, j’ai été impressionné par la qualité de rédaction exceptionnelle de Pauline qui montre un TRES grand potentiel. Personnellement, je pense que Pauline a d’excellentes capacités de rédaction et de raisonnement qui lui ouvrent de grands horizons intellectuels et académiques, en toute honnêteté Pauline, à vous lire, je vous prédit un brillant avenir académique si le monde intellectuel vous tente, vous rédigez mieux que moi à votre âge alors que je me défendais très bien, et même mieux que beaucoup de thésards de mon labo cnrs ! En plus vous ne faite pas de fautes, ce qui de nos jours est exceptionnel. Par contre ma chère, (je reviens au vouvoiement, je vous prie de m’excuser pour le tutoiement hier soir), vous êtes dans une période très délicate, où vous devez grandement prendre soin de vous préserver. Vous manifestez une volonté hors norme d’aller jusqu’au bout, mais n’allez pas trop vite non plus, car ce sera très dur, votre rapport à l’intime est très douleureux, faites très attention, c’est une situation paradoxale qui peut être très déstabilisante. Pour l’instant vous progressez dans votre confrontation à votre traumatisme, c’est vertigineux et très déstabilisant aussi, faites attention de bien vous faire suivre. En outre, vous entrez dans un âge où vous risquez être très sollicitée, surtout dans le cadre du monde étudiant, si toutefois vous envisagez cela (je que j’espère vivement pour vous !) bien peu sont aptes à comprendre votre démarche mais vous avez tout pour réussir, mais je le répète, il faut vous faire suivre avec beaucoup de soin, d’écoute et de délicatesse. Courage et soutien.

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Nany555
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Nany555
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Oh chère Pauline, j aurait pu écrire mots pour mots ton post. Amnesie-traumatique de 26 ans me concernant . Si tu veux que l on en discute n hésite pas si je peux t aider. Si tu veux lire mes post : accepter pour vivre et apprendre à se faire confiance. Courage, force et robustesse

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